La sobriété, quelle trouvaille !

Par la vile porte de la guerre de Poutine, mais qu’importe, la sobriété est en train de gagner une bataille culturelle.

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Et la vertu vint à la sobriété ! En l’espace de quinze jours, c’est la cohue médiatique dans le monde économique et gouvernemental. Ça joue des coudes pour faire entendre plus haut que l’autre sa pleine conscience des enjeux supérieurs et son sens des responsabilités. Fin juin, TotalEnergies, EDF et Engie, dont l’objectif est de vendre le plus d’énergie possible, cosignaient une savoureuse tribune appelant « chaque consommateur, chaque entreprise […] à limiter immédiatement ses consommations énergétiques ».

Lire > Le sermon d'hypocrites

Très vexatoire pour Macron : c’est sa Première ministre qui aurait dû dire des choses pareilles ! Dans son discours du 14 juillet, le Président a repris la main, annonçant pour septembre « un plan de sobriété » énergétique. Le même qui, il y a deux ans, ricanait quand les adversaires de la 5G en dénonçaient la gabegie énergétique annoncée – selon lui, des adeptes du « modèle Amish ».

Et, soudain, voilà la sobriété tirée du chapeau comme un lapin blanc par les magiciens du discours. Perspicaces, les trois mastodontes énergétiques français réinventent… la lampe à huile. « Ne nous trompons pas : économiser l’énergie, c’est augmenter le pouvoir d’achat et c’est aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre. »

Foin de boniments opportunistes : au plus haut niveau, la vraie grande trouille immédiate, c’est l’hiver, pas la crise climatique. Avec la fin annoncée du gaz russe et la moitié du parc nucléaire sur le flanc en raison de problèmes de corrosion et d’opérations de maintenance, se profile une pénurie d’énergie qui pourrait vite se muer en crise sociale et politique.

On ne pourra pas nous refaire le coup des chocs pétroliers des années 1970. Dès que les États du Golfe eurent rouvert les robinets à carburant, les plans XXL d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables du gouvernement français filèrent aux archives. Mais le système climatique planétaire, « lui », ne se ravisera pas. Depuis deux décennies au moins, des analystes de l’énergie et du climat (Global Chance, négaWatt, etc.), au nom d’un authentique sens de l’intérêt général, ne se contentent pas de le clamer, mais le démontrent, calculette à la main : la réduction des consommations est l’atout majeur et prioritaire du combat vital pour tempérer les fournaises promises aux générations futures. Par la vile porte de la guerre de Poutine, mais qu’importe, la sobriété est en train de gagner une bataille culturelle. Signalons cette sortie moins bruyante que les autres. Début juillet, 84 dirigeant·es, majoritairement d’entreprises de l’économie sociale et solidaire ou d’associations, appelaient à passer « d’une sobriété d’urgence à une sobriété organisée ».


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