Italie : Aboubakar Soumahoro, des champs à la Chambre

Dans le pays qui a vu la victoire, le 25 septembre, des post-fascistes, l’Émilie-Romagne a élu un député noir, ancien travailleur précaire, décidé à faire entendre la voix des exploités.

Olivier Doubre  • 16 novembre 2022 abonné·es
Italie : Aboubakar Soumahoro, des champs à la Chambre
© Aboubakar Soumahoro est le premier député noir dans l’histoire de l’Italie. (Photo : Valeria Magri/NurPhoto/afp.)

L’une des premières fois qu’il est entré à Montecitorio, l’équivalent transalpin du Palais-Bourbon, c’était le 4 juillet dernier, après sept heures enchaîné devant l’édifice, sous le soleil de plomb romain en cet été caniculaire, sans manger et presque sans boire. « La lutte paie », souriait enfin Aboubakar Soumahoro, trempé de sueur, car il venait d’obtenir l’engagement d’être reçu par le président du Conseil, Mario Draghi.

Le très libéral ancien président de la Banque centrale européenne et auparavant de Goldman Sachs Europe (celle qui a contribué à maquiller les comptes de la Grèce pour le gouvernement de droite au début des années 2010) ne s’attendait sans doute pas, quelques heures plus tôt, à devoir recevoir un ex-bracciante (ouvrier agricole) : Aboubakar Soumahoro a en effet travaillé pendant de longues années parmi ces journaliers récoltant tomates et autres légumes dans les champs du Mezzogiorno mais aussi du nord de la péninsule, pour quelques euros par jour, logés et travaillant dans des conditions indignes.

Le leader de la Ligue des braccianti avait réussi à attirer l’attention sur ce scandale qui dure depuis des décennies dans l’agriculture transalpine.

« La boue de la réalité et le ciel de l’espoir »

Trois mois plus tard, le 13 octobre, Aboubakar Soumahoro pénétrait dans le même palais, cette fois cravaté et en costume, nouvel élu du petit groupe de la gauche de la gauche Sinistra-Verdi (alliance des Verts et de Sinistra italiana, formation née d’une scission de gauche du pâle Parti démocrate).

Mais avec des bottes en caoutchouc boueuses aux pieds, qui détonnaient sur les tapis

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