« La valeur accordée à la parole des policiers se détériore »
Loïc Pageot est vice-procureur de Bobigny, en charge des dossiers mettant en cause des policiers. Affecté depuis douze ans dans la 2e plus grande juridiction du pays, il évoque, sans langue de bois, la gestion de ces dossiers complexes.
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© JULIEN DE ROSA / AFP
Pourquoi est-ce toujours un vice-procureur ou, dans les plus petits parquets, le procureur lui-même qui traite directement les affaires qui mettent en cause les policiers ?
Loïc Pageot : Ce sont des dossiers sensibles. Le parquet est en lien avec les policiers quotidiennement. De par mon statut de vice-procureur en charge des dossiers mettant en cause les policiers, je ne prends pas de permanence générale, je n’ai donc pas de contact quotidien avec les policiers sur les affaires quotidiennes. C’est l’objectif d’avoir une personne dédiée. En revanche, je suis en contact régulier avec la hiérarchie locale.
Une hiérarchie qui est d’ailleurs très rarement – pour ne pas dire jamais – mise en cause.
C’est le principe de la responsabilité pénale : elle est individuelle. Un policier qui dérape est seul responsable. Mais il y a de vrais problèmes de structures dans la police : on a désordonné les corps intermédiaires d’encadrement. Les équipes sont en roue libre. Le commissaire est de plus en plus déconnecté de ses policiers et n’est pas toujours au courant de ce qu’il se passe dans son commissariat. Je me souviens d’une affaire où des équipes allaient sur le secteur du commissariat voisin sans que personne ne s’en rende compte.
Il y a de vrais problèmes de structures dans la police : on a désordonné les corps intermédiaires d’encadrement.
Les jeunes policiers arrivent directement de l’école, ne sont souvent pas originaire de la région, ont des problèmes de positionnement, de formation, ils utilisent des armes intermédiaires sans y être bien formés. J’insiste souvent dans mes réquisitions sur les responsabilités de l’encadrement ce qui justifie aussi, de mon point de vue, que parfois on ne peut pas non plus trop pénaliser les policiers.
Ces problèmes d’encadrement affaiblissent vos réquisitoires. N’est-ce pas une forme de connivence ?
Je ne considère pas avoir de connivence avec la police. Je ne reçois aucune demande des commissariats. Je travaille seul et ne rends compte qu’au procureur et au procureur général des dossiers les plus importants. J’ai une réputation de sévérité auprès des policiers du département mais en justice, on tient compte des
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