Lula, l’espoir d’un Brésil exsangue

Investi le 1er janvier, le président de retour a vite levé les doutes sur sa capacité à incarner, à 77 ans, le renouveau d’un Brésil éreinté par quatre ans de tornade bolsonariste.

Patrick Piro  • 3 janvier 2023
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Lula, l’espoir d’un Brésil exsangue
Des supporters de Lula, lors de la cérémonie d'investiture du président, le 1er janvier 2023, à Brasilia.
© Andressa Anholete / Getty Images South America / Getty Images via AFP.

Il n’était pas besoin d’être groupie de Lula pour ressentir le souffle des moments historiques, lundi 1er janvier à Brasília, devant la puissance symbolique et politique de l’acte d’investiture du nouveau président du Brésil.

Le 30 octobre dernier, Lula défaisait Bolsonaro, mais de justesse, avec 50,9 % des voix. Il accédait au Planalto pour la troisième fois (après 2003-2006 et 2007-2010), mais bien mal élu et ligoté par un Congrès dominé par son opposition. Et puis, au centre de la vie politique brésilienne depuis plus de trente ans, ressuscité après l’infamie (lavée depuis) d’un an et demi de prison en 2018, quelle capacité aurait-il à incarner, à 77 ans, le renouveau d’un Brésil éreinté par quatre ans de tornade bolsonariste ?

Et pourtant. Devant la cohorte qui a suivi son investiture, au Brésil ou ailleurs, Lula a montré une fois de plus son talent de fabricant d’espoir.

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Tout d’abord en engageant sine die le procès politique de Bolsonaro. On pouvait redouter que Lula « paix et amour » (sobriquet critiquant sa propension au compromis) élève la nécessité de réconciliation nationale au-dessus de toute autre considération.

Il a endossé les deux rôles, laudateur de l’union du peuple et procureur en chef de son prédécesseur, dont le bilan est massacré par le rapport du cabinet de transition gouvernementale. Les indices sociaux, écologiques et économiques ramènent le pays trois décennies en arrière.

Lula a montré une fois de plus son talent de fabricant d’espoir.

En des termes explosifs, lors d’un tel cérémonial, le nouveau président a dénoncé « l’attitude criminelle d’un gouvernement négationniste, obscurantiste et insensible à la vie » lors de la crise covid soldée par la mort de 700 000 Brésilien·nes. « Il faudra déterminer les responsables de ce génocide, et ils ne resteront pas impunis. »

Et puis cette image : Lula avait confié la remise de l’écharpe présidentielle à une collectrice de déchets de rue, accompagnée de sept autres « représentant·es du peuple » – un enfant noir, une domestique, un influenceur handicapé, un métallo, un artisan, un professeur et le cacique indigène Raoni. Il revenait à Bolsonaro d’accomplir ce geste républicain, mais, deux jours auparavant, il s’est enfui aux États-Unis !

Au-delà des paroles et des images, Lula a annulé dans la foulée plusieurs mesures de son prédécesseur, au bénéfice du contrôle des armes, de la lutte contre la déforestation, de la protection des peuples indigènes, etc. La composition du gouvernement, dont 11 des 37 ministres sont des femmes (un record), entend refléter la volonté de Lula de rétablir, dans le concert des démocraties modernes, un Brésil plus attentif à l’écologie, aux femmes, aux minorités ethniques.

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Parmi les figures emblématiques, Marina Silva s’est laissée convaincre qu’elle ne jouerait pas les utilités en prenant le portefeuille de l’environnement. Et la députée Sônia Guajajara, figure de la lutte pour les droits indigènes, hérite d’un ministère des Peuples autochtones créé à son intention.

Le plus solide espoir des soutiens de Lula réside dans l’habileté hors-norme de ce phénomène politique.

Mais le plus solide espoir des soutiens de Lula réside in fine dans l’habileté hors-norme de ce phénomène politique. Fin décembre, il avait déjà obtenu que le Congrès vote, et très largement, un amendement constitutionnel l’autorisant à dépasser le plafond légal des dépenses pour financer des programmes sociaux.

Belle performance, pour un président minoritaire. Il faut dire qu’avec plus de 33 millions de Brésilien·nes souffrant de la faim, l’urgence de circonscrire la crise sociale pourrait s’avérer le principal argument de Lula pour contourner les entraves que lui préparent les conservateurs de tout poil dont il a dû concéder l’appui pour gouverner.


Retrouvez ici nos dossiers spéciaux sur le Brésil, publiés pendant la campagne électorale, en septembre 2022.


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Parti pris

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