Parcoursup : supplément de stress
Si s’inquiéter pour son avenir n’a rien d’anormal, les plateformes d’orientation renforcent de façon démesurée la pression sociale qui pèse sur les élèves et leur famille.

© Lilian Cazabet / Hans Lucas/AFP.
« Le stress, en général, il en faut pour l’orientation », affirmait le candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron, dans une émission d’une grande chaîne hertzienne, tout en reconnaissant que Parcoursup, la plateforme dématérialisée, pouvait être comprise comme une « usine à stress (1) ». Pour autant, est-il normal de stresser pour son orientation ? C’est-à-dire, est-il acceptable qu’un lycéen et sa famille éprouvent dans leur corps des émotions parfois particulièrement négatives lorsqu’il s’agit de son avenir ? La question vaut aussi pour les plus jeunes, dans le cadre du choix de la langue vivante ou de la spécialité du baccalauréat. Au-delà de l’aspect psychologique, la question du stress et de l’angoisse est en fait éminemment politique : qu’est-ce qui, dans le système éducatif, nous affecte au point d’engager notre psychisme et nos sensations, comme si tout cela était « plus fort que nous » ?
L’attente des adultesUn philosophe a déjà réfléchi à ces questions : Michel Foucault. Dans un entretien radiophonique de 1975 avec le journaliste Jacques Chancel, il revient sur le fonctionnement de l’école. Pour lui, la réponse est claire : l’angoisse structure l’expérience des élèves face à l’orientation, mais aussi face aux savoirs. « Les enfants perçoivent très tôt l’angoisse des adultes [face à l’école], et c’est sans doute la chose qu’ils perçoivent le mieux ! » Pour Foucault, les adultes en question sont d’abord des parents : « Les parents donnent aux enfants une véritable angoisse devant le savoir par l’intérêt qu’ils [y portent]. Car, dans le savoir des enfants, ils mettent leur propre gloire, leurs sacrifices, leurs propres projets d’avenir et leur revanche. » Autant dire que l’angoisse est ce qui se transmet le plus sûrement entre les générations. Elle apparaît même inséparable des phénomènes de reproduction sociale.
Globalement, les sociologues qui s’intéressent aux pratiques éducatives des classes moyennes et supérieures – de Pierre Bourdieu à Monique et Michel Pinçon-Charlot – donnent raison au philosophe : ce que les parents cherchent dans l’éducation, c’est la transmission et le maintien de leur propre statut social. De quoi stresser pour les familles, et surtout justifier à leurs yeux un investissement intensif dans des pratiques extrascolaires (une inscription la même année en violon, au football et à un atelier poterie, par exemple), dans le suivi assidu des devoirs à la maison et dans l’accompagnement du travail d’orientation et des choix d’établissement des élèves. Cela fera
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