Sénatoriales : le coût d’un oukase

Les élections sénatoriales du dimanche 24 septembre ont permis à la droite de conserver une large majorité au sein de la chambre haute du Parlement. Mais la gauche aurait pu renforcer davantage ses positions en se regroupant. Un nouvel exemple à méditer de la nécessité de l’union des formations de la Nupes.

Michel Soudais  • 26 septembre 2023
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Sénatoriales : le coût d’un oukase
Le Sénat, lors des questions au gouvernement, le 7 juin 2023.
© Lily Chavance

L’union fait la force. À ce qu’il paraît. Et si ce n’est pas toujours le cas, la désunion en revanche n’est jamais payante. Les élections sénatoriales de dimanche en offrent un nouvel exemple que les gauches et les écologistes devraient méditer. Cette élection réservée à un tout petit nombre de happy few – 78 000 électeurs dits « grands » par opposition aux quelque 48 millions d’autres qui ne comptent pour rien –, se déroulait dans 45 départements selon deux modes de scrutin : majoritaire à deux tours dans les 18 départements élisant un ou deux sénateurs, au scrutin proportionnel à la plus forte moyenne ailleurs. Il s’agissait de renouveler 170 des 348 sénateurs de cette chambre conservatrice que Lionel Jospin avait fort justement qualifiée d’« anomalie démocratique » car « héritière des vieilles chambres aristocratiques ». Le résultat de dimanche ne le dément pas : 95 sénateurs sont réélus, la droite conserve une large majorité.

Et la gauche ? Hormis entre 2011 et 2014, elle n’y a jamais été majoritaire sous la Ve République, la composition du corps électoral lui étant défavorable. Le PS, le PCF et EELV espéraient toutefois passer la barre des 100 sièges, contre 91 précédemment. Leurs communiqués se félicitant d’avoir grappillé deux ou trois sièges ont quelque chose de ridicule si l’on veut bien se souvenir que la gauche en avait encore 151 en 2014, quand elle a perdu la majorité.

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D’autant que la gauche aurait pu renforcer davantage ses positions en s’unissant. Le PS, le PCF et EELV ont bien conclu un accord dans 15 départements. Mais le refus des deux premiers de faire droit aux insoumis, qui réclamaient modestement de faire entrer un élu au Sénat, a conduit LFI à présenter partout des candidats sur le programme de la Nupes. Le refus de l’union a fait perdre « une demi-douzaine » de sièges, estime LFI, accusée d’« irresponsabilité » par ceux qui l’ont exclue. « Tous les partis traités avec autant de mépris auraient fait ça », soutient la sénatrice Raymonde Poncet Monge (EELV).

L’union des formations de la Nupes aux européennes s’impose, car toute liste à moins de 5 % ferait perdre des sièges.

Dans les Hauts-de-Seine, Catherine Candelier (EELV), seconde derrière un sénateur PCF, rate en effet la marche de 3 voix quand LFI en rassemble 56. Dans le département voisin de l’Essonne, une jeune communiste, Sara Ghenaïm, seconde de liste d’un socialiste, manque l’élection de 9 voix ; 114 se sont portées sur LFI. Dans l’Isère, où la droite obtient trois des cinq sièges (1 215 voix), la liste EELV-PCF-PS voit son chef de file écolo, Guillaume Gontard, réélu seul (714 voix) alors qu’avec les 133 voix de la liste LFI, un second siège, promis à la communiste Frédérique Penavaire, était gagnable au détriment d’un macroniste. Dans le Nord, il manque 5 voix à l’écologiste Céline Scavennec pour être élue, LFI en a eu 91. Toutefois, dans ces deux derniers départements, ce sont surtout d’autres listes dissidentes qui ont coûté des sièges.

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Il faut tordre ici le cou à une affirmation aussi erronée que malveillante colportée sur les réseaux sociaux par quelques fanatiques rousselistes principalement : les listes LFI n’ont pas permis l’élection de trois sénateurs Rassemblement national. Ni en Seine-et-Marne, ni dans le Pas-de-Calais, ni dans le Nord, où la désunion était à son paroxysme avec cinq listes de gauche (PS, PCF, EELV, PS-dissidente, LFI). Le RN, en progrès partout, le doit essentiellement à une radicalisation à l’extrême droite des divers droite, nombreux parmi les « grands électeurs ». Face à cette percée, l’union des formations de la Nupes aux européennes s’impose, car toute liste à moins de 5 % ferait perdre des sièges. Six l’ont été en 2019 du fait du cavalier seul des hamonistes et des communistes.

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