« On assiste au nettoyage ethnique de notre peuple »

Contact difficile voire impossible avec Gaza, crainte pour la vie de leur famille, criminalisation du soutien à la Palestine : des Gazaouis vivant en France racontent la terreur qui rythme leur vie depuis le 9 octobre.

Pauline Migevant  • 25 octobre 2023 abonné·es
« On assiste au nettoyage ethnique de notre peuple »
Manifestation de soutien aux Palestiniens, place de la République à Paris, le 22 octobre 2023.
© Maxime Sirvins

"Parfois ça ne capte pas, il y a deux jours, ça n’a pas capté et j’étais terrifiée. J’avais juste envie d’entendre la voix de ma mère, la voix de mon père, la voix de mon petit frère. Je me réveille tous les matins en panique, j’envoie des messages à mes cousins : 'Est-ce que vous êtes là ?' Juste pour vérifier s’ils sont vivants. » « Je reçois parfois des textos envoyés par ma sœur. Il y a deux jours : 'On est vivants.' Vivants hier, mais maintenant ? » Najib* et Sana* sont palestiniens. Ils ont grandi à Gaza et sont venus en France pour faire leurs études.

Depuis le 9 octobre, Israël impose un blocus complet sur la bande de Gaza. Et l’armée israélienne pilonne le territoire, où vivent 2,3 millions de personnes, dont la famille de Najib, Sana et Tamam. Josselin, le mari de cette dernière, témoigne d’une situation insupportable : « Ce matin, Tamam a réussi à avoir sa mère au téléphone, une ou deux minutes. Aux dernières nouvelles ils sont en vie : mais l’eau et la nourriture manquent, il n’y a pas d’électricité, pas de médicaments. » « Pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’essence. Nous combattons des animaux humains et nous agissons en conséquence », avait affirmé au début du siège le ministre israélien de la Défense.

« J’ai vécu trois guerres à Gaza avant de sortir, mais ce qui est en train de se passer, c’est un génocide. Je n’ai jamais vécu quelque chose de si violent. » Sana est formelle, les évènements depuis le début du siège de Gaza dépassent tout ce que les Gazaouis ont déjà enduré. Najib explique : « Habituellement, lors des agressions, les gens qui habitent près des frontières viennent au centre-ville de Gaza pour être en sécurité. Cette fois-ci, les bombardements ont commencé au centre-ville. » Ses parents, son frère et ses sœurs ont quitté

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