Derrière les clichés, la vraie vie des fonctionnaires !
L’essai coécrit par Julie Gervais, Claire Lemercier et Willy Pelletier pointe la détestation courante de celles et ceux qui servent le public. Et montrent combien ces clichés sont faux, tandis que les emplois sont toujours plus précarisés et paupérisés.
dans l’hebdo N° 1831 Acheter ce numéro

Jeudi 3 octobre, Michel Barnier expliquait sur France 2 comment il fallait « trouver » 60 milliards pour réduire l’importante dette de la France. Des hausses d’impôts sur les grandes entreprises ayant réalisé des super profits et sur les très hauts salaires permettraient de dégager 20 milliards de recettes. Quant aux 40 milliards restants, il faudra les trouver en « limitant les dépenses ». Certes, mais comment ? « En cherchant à donner plus d’efficacité à la dépense publique ».
Et le nouveau premier ministre d’expliquer ce qu’il nomme lui-même « la méthode Barnier » : « Nous allons regarder si certaines aides à l’apprentissage ne peuvent pas être 'reciblées'. On va aussi fusionner des services publics. Et on va sans doute ne pas remplacer tous les fonctionnaires qui partent à la retraite quand ceux-ci ne sont pas en contact direct avec les citoyens. »
Monsieur Barnier reprend là un des poncifs les plus éculés sur la dépense publique : elle serait mal employée, distribuée sans efficacité, dans une sorte de gabegie financière. Cest connu : les fonctionnaires sont trop nombreux, se gavent avec nos impôts et travaillent peu. Surtout, ceux qui sont dans les bureaux, « derrière », passent leur temps à ne rien faire, trop nombreux pour le travail à abattre. Et ils partent à la retraite bien plus tôt que les salariés du privé.
Le livre coécrit par la politiste Julie Gervais, l’historienne Claire Lemercier et le sociologue Willy Pelletier (1) liste justement ces clichés, idées reçues et autres poncifs trop souvent entendus au coin du zinc du « café du commerce ». En prônant à chaque fois une « équation » éculée, comme « fonctionnaires = feignasses », « pas rentables » ou « emmerdeurs et privilégiés », etc. À chacune de ces assertions, sont d’abord expliquées quand et par qui elles sont prononcées, toutes recueillies dans des entretiens.
Comme ce motard trentenaire, qui vient de perdre le contrôle de sa grosse BMW, et se plaint, blessé, des agents de l’équipement : « C’est quoi ces putains de fonctionnaires qui tassent pas les gravillons ? J’en vois aux bords de route, un qui tient la pelle, trois qui regardent en fumant. […] Et le Samu [qui] est arrivé presque deux heures après. Pourquoi ils vont pas plus vite ? […] Et aux urgences, dans le hall, je reste huit heures ; les infirmières ou les médecins, ils marchent à côté, cools, genre de toi rien à foutre, il y en a qui bavassent en buvant le café. Ça fout pas grand-chose ! »
À côté d’autres témoignages de ce type, les auteurs n’oublient pas néanmoins « les conflits innombrables qui traversent le monde des fonctionnaires, notamment entre certaines fractions parmi les plus populaires et d’autres, aux ressources les plus étendues. Le monde des fonctionnaires n’est groupe que sur le papier – surtout si on y inclut la myriade d’agents publics qui font le travail mais n’ont pas le statut ».
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