Grâce au RN, le gouvernement de Michel Barnier survit à sa première censure

Le Nouveau Front populaire n’a pas réussi à convaincre plus de cinq députés en dehors de sa propre alliance politique et échoué à faire tomber le gouvernement. Les soutiens de ce dernier ont ignoré le constat d’un soutien de l’extrême droite.

Lucas Sarafian  • 8 octobre 2024 abonné·es
Grâce au RN, le gouvernement de Michel Barnier survit à sa première censure
Michel Barnier à l'Assemblée nationale, le 8 octobre 2024.
© Thomas SAMSON / AFP

Un visiteur de l’Assemblée nationale pourrait se perdre dans les nombreux couloirs, les grandes salles et les multiples escaliers du Palais Bourbon. Difficile de s’y retrouver dans ce dédale lorsqu’on n’y est pas habitué. Depuis la formation du gouvernement de Michel Barnier, des députés se retrouvent un peu dans la même situation. Font-ils partie de la majorité ou de l’opposition ?

Face à ce gouvernement d’alliance entre le macronisme et la droite et soutenu par l'extrême droite, le dilemme concerne surtout des députés de « l’aile gauche » du camp présidentiel ou du Modem, agacés par exemple par les sorties droitières de Bruno Retailleau. Mais la question peut aussi se poser chez quelques élus Les Républicains (LR) qui seraient irrités de voir le nouveau premier ministre continuer d’appliquer la feuille de route macroniste pour les mois et les années à venir.

Pour dissiper ce brouillard parlementaire, la gauche a une solution : présenter une motion de censure. « Tous les groupes qui ne voteront pas la censure seront, de fait, des soutiens du gouvernement Barnier qui lui permettront de continuer son œuvre, de continuer la politique macroniste en pire avec une austérité jamais vue, jamais connue dans la 5e République », explique ce 8 octobre à la mi-journée la cheffe de file du groupe insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot. Le premier test du gouvernement Barnier sonne comme une clarification politique. Mais sans grand suspense, la censure n'ayant que peu de chance d’aboutir.

« Hold-up électoral »

Peu avant 16 h 50, Olivier Faure monte à la tribune. Le député de Seine-et-Marne et premier secrétaire du Parti socialiste (PS) doit défendre la censure devant un hémicycle très clairsemé. Les députés des groupes macronistes et de La droite républicaine (DR) n’ont pas pris la peine de se déplacer.

« Je vous le demande sans détour monsieur le premier ministre : si nous ne parlions pas de vous, et si nous étions dans un autre pays que la France, comment qualifieriez-vous votre propre nomination ? Vous seriez le premier à dénoncer un hold-up électoral, et sans doute à décrire un régime illibéral », commence-t-il. Avant de citer Victor Hugo : « 'Regardez l’ouvrier qui va au scrutin. Il y entre avec le front triste du prolétaire accablé, il en sort avec le regard d’un souverain.' Le vote est le moyen de règlement pacifique des conflits. Si vous lui ôtez son caractère sacré, alors c’est tout l’édifice démocratique qui menace de s’écrouler. »

La droite française préfère le soutien du RN plutôt que la moindre concession au progrès social.

O. Faure

Le socialiste dénonce ensuite le soutien implicite du Rassemblement national (RN) au gouvernement de Michel Barnier : « L’extrême droite se range toujours du côté du capital contre le travail. Tout comme la droite française préfère le soutien du RN plutôt que la moindre concession au progrès social. » Olivier Faure anticipe déjà la politique de cet exécutif qui porte, selon lui, les « germes d’une contre-révolution conservatrice » : « Les privés d’emploi subiront une nouvelle réforme de l’assurance chômage, les retraités verront leurs pensions désindexées, les malades auront un reste à charge de 4 euros pour une consultation médicale, la taxe sur l’électricité va augmenter, tous nos services publics seront impactés. » Un moyen de répondre aux

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