« Voyage à Gaza » : résister et rêver d’ailleurs
Piero Usberti rend compte de l’existence difficile mais fière de Gazaouis dans un film tourné avant le 7-Octobre.
dans l’hebdo N° 1835 Acheter ce numéro

© JHR Films
Un carton final nous apprend que Piero Usberti a achevé le montage de Voyage à Gaza le 23 septembre 2023. Ce qu’il montre avait donc lieu avant. Avant l’entreprise de destruction opérée par l’armée israélienne. Cette tragique réalité hante nos yeux de spectateur. Il est impossible de regarder ce film sans se demander ce que telle ou telle personne filmée est devenue, ce qu’il reste de tel immeuble, de tel quartier.
Les images prises par Piero Usberti datent de 2018, année où il a fait deux séjours à Gaza, d’un mois puis deux. S’il était déjà très au fait de l’histoire et de la situation des Palestiniens, il est venu avec l’intention première de découvrir des paysages, des gens. Il ouvre pourtant son film sur les obsèques de Yasser Mortaja, un jeune photographe de 27 ans qui travaillait pour Al Jazeera et avait réussi à se procurer un drone afin de pouvoir faire des prises de vue de haut.
Une perspective verticale à laquelle les Palestiniens n’avaient pas accès. Comme si, jusque-là, il restait un angle mort dans le regard qu’ils pouvaient poser sur eux-mêmes. Alors que les Israéliens bénéficient d’une vision panoptique, le ciel de Gaza étant chargé de leurs drones inquisiteurs (les « zananas », selon le terme qu’utilisent les Gazaouis pour les désigner, ou « gros moustiques »).
Le début de Voyage à Gaza, où Piero Usberti expose un certain nombre de constats sans concession – « Gaza est la prison la plus grande du monde », « Israël est une des entreprises coloniales les mieux réussies au monde, accompagnée de deux autres qui ont su faire oublier leur nature même de colonies : les États-Unis et l’Australie » –, ressemble à un film manifeste.
Il fixe le contexte au moyen d’un commentaire en voix off, très écrit, et d’une musique de tambours. Une forme semblable à celle du court
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