Les « tradwives », entre antiféminisme et soumission

Cette tendance venue des États-Unis prône la réassignation des femmes à la sphère strictement domestique. De plus en plus de vidéos lifestyle inondent les réseaux sociaux, non sans inquiéter.

Élise Leclercq  • 6 novembre 2024 abonné·es
Les « tradwives », entre antiféminisme et soumission
À la veille des législatives, le 29 juin 2024, des Femen mettent en scène un "nettoyage antifasciste" pour appeler à faire barrage au RN.
© Anna Margueritat / Hans Lucas / AFP

Cinq heures du matin, début de la journée. Douche, coiffure, jupe élégante au-dessus du genou. 6 heures, préparation du petit-déjeuner. Quelques fruits, du pain fait maison. 7 heures, lever des enfants. La famille passe à table et tout s’accélère : emmener les petits à l’école, lessives, cuisine, ménage. Et rebelote le lendemain. Le tout avec le sourire, filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Les vidéos pullulent sur Instagram, vantant un retour à la division genrée des tâches. Ce sont les « tradwives » (« épouses traditionnelles »).

Le phénomène passionne, comme en témoigne l’émission « Envoyé spécial » du 10 octobre sur le sujet. La tendance actuelle sur les réseaux sociaux a débuté dans les années 2010 aux États-Unis, sur des forums comme ­Reddit. Sur la plateforme, un groupe est créé : les « red pills women », faisant référence au film Matrix. Dans ce long-métrage dystopique sorti en 1999, le personnage principal doit choisir entre deux vies radicalement différentes symbolisées par deux pilules, l’une bleue, l’autre rouge. La rouge permettrait un éveil sur une prétendue vérité : ici, l’antiféminisme.

Le concept commence à être récupéré par une frange de l’extrême droite, notamment par Thaïs d’Escufon, qui ne nous a pas répondu. L’influenceuse proche d’Éric Zemmour ne se revendique pas comme une tradwife mais en reprend les codes. En septembre, elle a débuté une nouvelle série de talk-shows sur YouTube, « Pilule rouge », où elle traite de la supposée guerre des sexes. Profondément réactionnaire, la jeune femme de 24 ans, qui rassemble 90 000 abonné·es sur la plateforme, fait l’apologie du masculinisme. Car la différence de Thaïs d’Escufon avec d’autres réside dans son auditoire : elle ne s’adresse qu’à la gent masculine.

Des influenceuses ont commencé à se filmer dans leur vie de tous les jours, glamourisant ce retour à la maison.

La tendance des tradwives s’est accentuée à l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2016 et a commencé à s’exporter sur les réseaux sociaux pendant la pandémie de Covid-19. Le confinement a obligé à un repli sur soi au sein du foyer. Dès lors, des influenceuses ont commencé à se filmer dans leur vie de tous les jours, glamourisant ce retour à la maison. Ces vidéos qui empruntent

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