Chère appli, fais-moi des ami·es

La solitude, particulièrement dans les grandes villes, peut être un moment difficile, synonyme d’ennui, voire d’anxiété. Depuis quelques années, des solutions numériques permettent de rencontrer du monde pour partager des activités conviviales.

Élise Leclercq  • 18 décembre 2024 abonné·es
Chère appli, fais-moi des ami·es
© DR

Moquette rouge, tables de billard en enfilade, lampes des années 1970 et néons. L’ambiance est un peu rétro. Dans cette salle du 12e arrondissement de Paris, tous·tes les joueur·ses semblent très concentré·es. Au fond, Samuel organise une séance, comme chaque semaine. Mais ce moment de convivialité est un peu particulier : les personnes invitées sont, pour la plupart, des inconnu·es les un·es pour les autres.

Sous la lumière tamisée, une vingtaine de personnes se regroupent autour des tables de pool. On pourrait presque croire qu’ils et elles se connaissent. Pourtant, si l’on y prête attention, leurs échanges ressemblent davantage à des premières conversations. « Salut, toi aussi tu es un frimaker ? » Un quoi ? Frimaker : personne qui utilise l’application Frimake, créée en 2019. Le principe : chacun·e des utilisateur·ices peut proposer une activité ouverte à tous·tes et gratuitement.

Que faire en effet de son temps libre lorsqu’on ne connaît personne dans sa ville ? « Les gens voient la solitude comme une tare, alors qu’on est juste des personnes normales », lâche Rémi, utilisateur de Frimake et désormais référent pour certaines soirées. L’idée de l’application est née d’une banale discussion entre ami·es. Alae Elhayyate, son fondateur, raconte : « J’avais une collègue qui avait été mutée à Paris et elle me disait qu’elle n’arrivait pas à se faire des copines. » Il n’existait pas d’application de ce type tournée vers un public jeune : il fallait l’inventer.

Désormais, Frimake compte 600 000 membres, selon Alae Elhayyate. La majorité sont des jeunes travailleur·ses. L’entrée sur le marché du travail après les études est une période compliquée pour certain·es : la sociabilisation est moindre et le temps libre aussi. Une mutation peut aussi être un élément déclencheur.

Pour Sandra Hoibian, directrice du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), le problème est plus large. La société s’individualise : « Tous les liens permis par les corps intermédiaires comme les syndicats ou les partis politiques s’amenuisent, les gens cherchent alors d’autres formes pour rencontrer des personnes, et les applications de rencontres peuvent être une réponse, notamment parmi les jeunes. »

Je ne me sentais pas d’aller seule dans un bar. Ici, c’est convivial et on se retrouve autour d’une activité.

Marjorie

Entre deux coups de billard peu

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système
Analyse 26 juin 2026 abonné·es

Au-delà du cas Bruel, les rouages d’un système

L’affaire touchant le chanteur rappelle une évidence trop souvent oubliée : les violences prospèrent rarement seules. Elles s’inscrivent dans des structures qui les tolèrent, les couvrent ou les encouragent. Comment l’industrie musicale produit des monstres.
Par Lise Lacombe
Meurtre de Nahel : le combat des mots
Médias 24 juin 2026 abonné·es

Meurtre de Nahel : le combat des mots

Dès les premières heures après la mort de Nahel, les mots des médias grand public ont déshumanisé le jeune homme. L’éventualité d’un retour du terme « meurtre » dans le débat public, avant le procès du policier, autorise la perspective d’un autre regard sur « l’affaire Nahel ».
Par Ramdan Bezine
« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »
Entretien 24 juin 2026 abonné·es

« Avec le drame de Nahel, la jeunesse a compris qu’il fallait lutter pour se faire entendre »

Nemetodorum est une pièce de théâtre documentaire créée par Nicolas Sene, avec comme point de départ la mort de Nahel Merzouk le 27 juin 2023. Le cinéaste, artiste et acteur de terrain dans la ville des Hauts-de-Seine cherche à inscrire dans le champ culturel la mémoire de ce drame.
Par Kamélia Ouaïssa
« Sans nous, il y aurait eu un autre drame »
Reportage 24 juin 2026 abonné·es

« Sans nous, il y aurait eu un autre drame »

Trois ans après les révoltes consécutives au meurtre de Nahel Merzouk, les mères du quartier du Moulin Neuf, à Stains, reviennent sur les raisons qui les ont poussées, ce soir-là, à occuper la rue.
Par Kamélia Ouaïssa