Solidaires : « Le dialogue social, on le cherche toujours ! »
Murielle Guilbert et Julie Ferrua, les deux déléguées générales de l’Union syndicale Solidaires, espèrent réussir à construire une large mobilisation en 2025 pour affronter la longue crise sociale et politique dans laquelle s’enfonce le pays. Les chantiers ne manquent pas.
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© Maxime Sirvins
Murielle Guilbert et Julie Ferrua sont les codéléguées générales de l’Union syndicale Solidaires depuis mai 2024. La première, inspectrice des finances publiques, a été réélue à ce poste lors du dernier congrès, qui a placé un tandem uniquement féminin à la tête de l’organisation en désignant également Julie Ferrua, infirmière au CHU de Toulouse, qui remplace à ce poste Simon Duteil. Un signe fort alors que, début 2023, Murielle Guilbert s’était insurgée d’être la seule femme parmi les leaders des organisations syndicales.
La fin d’année 2024 a été particulièrement dure d’un point de vue social : licenciements nombreux, reprise du chômage, présentation d’un budget extrêmement austéritaire, etc. Comment abordez-vous ce début d’année 2025 ?
Murielle Guilbert : On a un nouveau gouvernement mais la feuille de route, elle, ne change pas. Il suffit de regarder le profil des nouveaux ministres pour s’en rendre compte. Nous n’attendons rien de ce nouveau gouvernement. Pire, son casting nous inquiète particulièrement. En tant que féministes, nous trouvons ainsi très problématique de nommer Gérald Darmanin à la Justice. Dans le même temps, nous faisons face à une situation sociale assez catastrophique. Depuis novembre, les annonces de plans de licenciements s’enchaînent. On parle de 150 000 suppressions d’emplois !
Il y a certains combats pour l’emploi qui durent depuis des mois et dont on parle très peu dans les médias.
J.F.Julie Ferrua : Si on ajoute à ce chiffre les conséquences de ces licenciements sur la sous-traitance, qui va forcément en pâtir, on atteint une estimation de 300 000 suppressions d’emplois – sans compter les associations qui font face à d’importantes baisses de budget et doivent aussi se séparer de salariés.
M. G. : Or, ce qu’on constate – et même Michel Barnier l’avait souligné ! –, c’est que ce sont majoritairement des grandes entreprises qui licencient, alors qu’en parallèle elles distribuent moult dividendes à leurs actionnaires. Elles ne sont donc pas déficitaires mais elles délocalisent pour réaliser toujours plus de profits.
Comment répondre à cette situation sociale, au niveau national ?
J. F. : Les luttes contre ces plans de licenciements sont très souvent locales. Nous ne sommes saisis au niveau national que quand les camarades n’arrivent pas à faire grandir leur lutte sur le terrain. Ainsi, il y a certains combats pour l’emploi qui durent depuis des mois et dont on parle très peu dans les médias : comme la mobilisation chez Valeo, où 238 postes sont supprimés. Et cette lutte, localement, est hyper importante : elle mobilise l’ensemble de la population, pas simplement les travailleurs et les travailleuses de Valeo.
Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin de nouvelles lois sécuritaires ou sur l’immigration.
M.G.M. G. : Nous portons plusieurs revendications au niveau national. Notamment sur la question des aides publiques, dont ont massivement bénéficié ces grandes entreprises qui, aujourd’hui, licencient. Il faut conditionner ces aides : on ne peut pas accepter que des entreprises aidées délocalisent ensuite leur chaîne de production en Turquie ou en Roumanie.
Trouvez-vous que les politiques sont à la hauteur de ces enjeux, sur la question de la préservation de l’emploi notamment ?
J. F. : À quelques endroits, il y a eu des soutiens politiques, notamment issus des partis membres du Nouveau Front populaire. Mais globalement, sur l’ensemble du territoire, ce phénomène est resté mineur. Pourtant, en appui des luttes des travailleurs et des travailleuses, un soutien politique pourrait changer la donne.
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