Loi Veil : s’en rappeler pour mieux lutter

La sociologue, Aurore Koechlin revient sur les cinquante ans de la loi Veil et rappelle qu’elle n’a été permise que par le rapport de force organisé par les militantes féministes.

Aurore Koechlin  • 22 janvier 2025
Partager :
Loi Veil : s’en rappeler pour mieux lutter
Manifestantes venues défendre l'IVG lors de la "Marche pour la vie", à Paris, le 19 janvier 2025.
© Maxime Sirvins

Les cinquante ans de la loi Veil, qui a légalisé l’avortement en France en 1975 à la suite d’une gigantesque mobilisation féministe, ne s’ouvrent pas sous les meilleurs auspices. Si le 17 janvier est la date anniversaire de sa promulgation, elle est suivie de près aux États-Unis par l’investiture de Donald Trump et par l’organisation en France d’une gigantesque « marche pour la vie » afin d’exprimer l’« opposition la plus farouche à l’égard des lois mortifères de notre pays ».

Alors que, depuis le milieu des années 2010, nous assistons à une renaissance des mobilisations féministes, marquées par la lutte contre les féminicides en Amérique latine, contre les violences sexistes et sexuelles avec #MeToo, ou encore le développement de la grève féministe pour le 8 mars, la montée internationale d’une extrême droite masculiniste incarne un véritable backlash.

Sur le même sujet : Droit à l’IVG : en Europe, une âpre révolution féministe

Pourtant, la quatrième vague du féminisme n’a pas totalement disparu, loin de là, et peut-être faudrait-il plutôt parler de polarisation. En Amérique latine, cette quatrième vague a arraché le droit à l’avortement en Argentine, en Colombie et au Mexique. Aux États-Unis, les femmes organisent la solidarité sur les réseaux sociaux depuis la révocation de l’arrêt Roe vs Wade, afin de proposer un hébergement dans des États qui permettent encore l’avortement, voire dans d’autres pays comme le Canada.

Plus que jamais, nous avons besoin de faire revivre ce qui avait permis la loi Veil.

En France, cette date anniversaire est l’occasion d’un véritable travail de mémoire. Pour la première fois, l’INA a lancé un appel à témoins pour préserver le souvenir des avortements clandestins avant la loi Veil : 79 entretiens filmés ont ainsi pu être réalisés (1). Un très beau documentaire Il suffit d’écouter les femmes réalisé par Sonia Gonzalez et coécrit par l’historienne Bibia Pavard, en a été tiré (2).

Beaucoup de femmes parlaient alors pour la première fois, après s’être tues (ou ne pas avoir été entendues ?) pendant cinquante, soixante, voire soixante-dix ans. Elles nous rappellent deux évidences. La première est que l’interdiction de l’avortement n’en empêche pas sa pratique, mais entraîne la douleur, la maladie, voire la mort. La deuxième, peut-être plus importante encore, est que seules les mobilisations féministes, le rapport de force réel et concret, peuvent permettre non seulement à une telle loi d’être promulguée, mais surtout de se maintenir.

Plus que jamais, nous avons besoin de faire revivre ce qui avait permis la loi Veil et que le documentaire rappelle très bien – mai-juin 1968, 1970 et le MLF, 1973 et le Mlac avec la pratique massive d’avortements par la méthode Karman qui a rendu dans les faits l’illégalité caduque. Le passé est en ce sens moins que jamais passé, il est plutôt notre perspective d’avenir : mais nous avons encore le choix entre en garder le pire ou en faire revivre le meilleur.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marilou Aussilloux : « Ce n’est pas facile de trouver sa place dans le chaos »
Entretien • 14 octobre 2026 abonné·es

Marilou Aussilloux : « Ce n’est pas facile de trouver sa place dans le chaos »

Nouvelle venue depuis deux films dans l’univers de Robert Guédiguian, la comédienne tient le premier rôle dans le nouvel opus du cinéaste de l’Estaque, Une femme aujourd’hui. Elle nous parle de son personnage et du cinéma de Guédiguian, de son parcours et de ce que représente pour elle le fait d’être une jeune actrice dans le monde d’aujourd’hui.
Par Christophe Kantcheff
Maria Mies, combattante de la subsistance
Sociologie • 9 octobre 2026 abonné·es

Maria Mies, combattante de la subsistance

Traduite pour la première fois en français, l’autobiographie de la sociologue allemande nous plonge dans près de quatre-vingts ans d’histoire des luttes féministes et anti-impérialistes, entre l’Occident et l’Inde.
Par Vanina Delmas
Quand le sort des femmes iraniennes sert d’alibi à l’islamophobie
Intersections • 9 octobre 2026

Quand le sort des femmes iraniennes sert d’alibi à l’islamophobie

Toutes celles et ceux qui n’évoquent le courage des femmes iraniennes que pour légiférer sur le corps des femmes musulmanes en France et en Europe se foutent royalement de leur sort.
Par Hanane Karimi
Amélie Cadier-Loriaud : « Le mythe de la responsabilité individuelle est le moteur du capitalisme sanitaire » 
Entretien • 7 octobre 2026 abonné·es

Amélie Cadier-Loriaud : « Le mythe de la responsabilité individuelle est le moteur du capitalisme sanitaire » 

Dans Nos Corps politiques, la médecin-philosophe détricote les injonctions permanentes « pour notre bonne santé », et défend une médecine plus collective, empathique et consciente que nous vivons toutes et tous dans un monde contaminé.
Par Vanina Delmas