Fac : des pratiques managériales à l’assaut des sciences humaines et sociales

Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur a récemment émis des avis défavorables sur les licences et masters en philosophie de l’université Paris-8. L’avenir de ces enseignements et diplômes s’en trouve menacé.

Olivier Doubre  • 28 février 2025 abonné·es
Fac : des pratiques managériales à l’assaut des sciences humaines et sociales
© SAMEER AL-DOUMY / AFP

On sait depuis longtemps combien la droite et la Macronie, son incarnation actuelle, détestent les sciences sociales et leur enseignement dans les universités. Ces filières développent en effet un sens critique vis-à-vis de l’organisation de la société, de ses mécanismes de domination, de la reproduction des classes dominantes…

L’université Paris-8 de Saint-Denis est l’héritière du Centre universitaire expérimental de Vincennes, fondé en septembre 1968, université unique et pionnière en termes de pédagogie avancée et de recherches nouvelles, tournée vers l’international, ouverte aux non-bacheliers et aux étudiants salariés (1). Le pouvoir giscardien et sa très réactionnaire ministre des Universités, Alice Saunier-Seïté, décidèrent sa brutale démolition (quasi clandestine !) en plein été 1980, par crainte de réactions des étudiants, des enseignants, des syndicats, de l’opinion…

La déclaration de la ministre, lors de ce déménagement forcé à Saint-Denis, commune gérée par le PCF depuis des décennies, donne un aperçu du symbole que fut cette faculté innovante : « De quoi se plaignent-ils ? Leurs nouveaux bâtiments seront situés entre la rue de la Liberté, l’avenue Lénine et l’avenue de Stalingrad, et ils sont chez les communistes. »

Ce petit retour historique sur l’université Paris-8, très en pointe en matière de sciences sociales et humaines (SHS) dès sa création – Deleuze, Badiou, Foucault, Cixous, entre autres grands noms, y enseignèrent –, ne nous a pas semblé inutile. Le fait que les départements d’art, de philosophie, de SHS de cette faculté soient aujourd’hui pris pour cibles par l’évaluation d’une agence gouvernementale est emblématique de la détestation, par le pouvoir macroniste, autant des disciplines visées que des universités situées dans des zones populaires et défavorisées.

En effet, le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) est chargé d’évaluer à la fois les laboratoires de recherche et les formations et diplômes délivrés par les départements. Ce travail se fait par « vagues » géographiques successives, séparant par blocs les structures évaluées.

Rendue le 14 février dernier, la dernière évaluation a traité la « vague E » : l’Île-de-France (hors Paris) et les universités des Hauts-de-France, auxquelles sont adjointes celles de Mayotte et de La Réunion. La première partie de l’évaluation du département de philosophie de Paris-8, concernant le travail de recherche et du corps enseignant, de ses publications et concernant le doctorat, s’était conclue excellemment.

Douche froide

Mais la seconde partie, évaluant les formations (en licence et master) et les diplômes, rendue donc le 14 février, fut une douche froide, avec des avis défavorables pour un très grand nombre de formations évaluées. « Ce qui a surpris, c’est l’ampleur de l’offensive », indique Frédéric Rambeau, à la tête du département de philosophie de Paris-8. Car cette évaluation est loin d’être anodine, ou sans conséquence, puisque le ministère, s’il décide de suivre ses conclusions, pourrait ne pas renouveler à l’université son

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