Affaire Marine Le Pen : comment les élus organisent leur propre impunité

Les parlementaires semblent saisies d’une étrange fièvre législative depuis que Marine Le Pen risque d’être interdite de se présenter à la présidentielle en 2027 à cause de sa condamnation. Non sans arrière-pensées.

Nils Wilcke  • 3 avril 2025 abonné·es
Affaire Marine Le Pen : comment les élus organisent leur propre impunité
Marine Le Pen, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 1er avril 2025.
© Anne-Christine POUJOULAT / AFP

« Vous allez voir, à la fin, ce sont les juges qui vont trinquer. » Cette prédiction à Politis d’un magistrat en activité après la condamnation de Marine Le Pen se vérifie à vitesse grand V. Trois jours après le verdict infligé à la patronne des députés du Rassemblement national, quatre ans de prison dont deux fermes et cinq années d’inéligibilité, avec exécution provisoire, les magistrats sont pris pour cible par le RN et par la fachosphère mais aussi par une partie du gouvernement et du personnel politique. Au point que la présidente du tribunal, qui a lu le verdict infligé à la cheffe de file de l'extrême-droite, a été placée sous protection policière, comme l'a révélé Off Investigation. 

Curieusement, les débats en cours portent moins sur la peine de prison infligée aux prévenus, dont Marine Le Pen, que sur l’application immédiate d’une partie de la sentence, l’empêchant de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Sauf si la cour d’appel en décide autrement à l’été 2026, après que l’exécutif a mis la pression pour faire rejuger l’affaire au plus vite. Voilà nos élus pris d’une étrange fièvre législative.

Au sommet de l’État, François Bayrou en personne considère que « la réflexion doit être conduite » par les parlementaires à propos de l'exécution provisoire, qui « fait que des décisions lourdes et graves ne sont pas susceptibles de recours », a expliqué, sans rire, le premier ministre à l’Assemblée ce mardi 1er avril. Dès l'annonce du jugement, lundi, le chef du gouvernement avait fait savoir qu'il s'était senti « préoccupé » par son contenu, tout en affirmant qu’il ne lui appartenait pas de commenter une décision de justice. 

Même inquiétude chez Gérard Larcher : « On peut se demander si nous ne sommes pas tombés dans une forme d’excès. (…) La justice applique les lois votées mais quand vous empêchez certains élus de participer à la vie démocratique d’un pays, vous posez aussi une question qui n’est pas secondaire. Si la loi va trop loin, le législateur doit pouvoir la corriger. », annonce avec flegme le président du Sénat dans une interview au Figaro.

Juges ulcérés

Et que dire du manque d’allant de Jean-Luc Mélenchon, pourtant adversaire historique de Marine Le Pen, à l’annonce du verdict ? Sur France 3 à la mi-mars, le multiple candidat à la présidentielle avait déjà déclaré qu’une inéligibilité immédiate, sans attendre le jugement en appel, « ne serait pas juste », ce que LFI a confirmé dès lundi 1er avril. « Nous prenons acte de cette décision de justice, même si nous refusons par principe que le recours soit

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