À Valence, les sciences sociales contre les discours haineux
Fin mars, l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales organisait avec la FSU un colloque intitulé « Expliquer et prévenir la violence qui touche la jeunesse en France ». Tout un symbole après la mort du jeune Thomas à Crépol, à quelques kilomètres de là.

© François Guépin
Vendredi 28 mars, sur le campus de l’université Grenoble Alpes (UGA) à Valence. L’amphithéâtre est plein à craquer. Plusieurs centaines de personnes s’entassent sur les bancs habituellement réservés aux étudiants. Parmi eux, de nombreux professeurs de sciences économiques et sociales (SES), venus de toute la France. Mais aussi bon nombre de personnes accompagnant la jeunesse : assistantes sociales, membres de l’éducation populaire, conseillers principaux d’éducation (CPE). Tous ont répondu à l’appel de l’association des professeurs de SES (Apses) et de la FSU, principal syndicat de la fonction publique.
Ces deux organisations ont décidé d’organiser un stage national sur la question des violences entourant la jeunesse. L’objectif est multiple : donner des clés de compréhension sur un phénomène qui, de plus en plus, fait les choux gras des chaînes d’information en continu. « L’idée est de déconstruire les discours simplistes, souvent racistes, entourant ces phénomènes de violences, en utilisant les sciences sociales pour comprendre et, ensuite, expliquer », souligne Régis Roussillon, professeur de SES à Romans-sur-Isère.
La thématique de ce grand colloque, comme le lieu choisi pour l’effectuer, ne doit rien au hasard. En novembre 2023, le nord de la Drôme est frappé par un drame avec la mort de Thomas, 16 ans, dans une rixe à la sortie d’un bal à Crépol. Un terrible fait divers qui connaît un retentissement national. En effet, ce drame est récupéré par l’extrême droite et ses médias. Le récit plaqué est identitaire et raciste : Thomas aurait été tué, parce que blanc, par des jeunes « non blancs » de la Monnaie, le quartier populaire de Romans-sur-Isère.
L’enquête judiciaire viendra balayer ces informations, mais peu importe pour l’extrême droite et la maire de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval, qui font de Thomas un martyr, malgré lui, du nationalisme le plus crasse. Quelques jours après, des identitaires de toute la France descendent dans ce quartier pour se « venger ». Une expédition punitive aux airs de ratonnade.
Régis Roussillon enseigne dans le lycée du Dauphiné où était scolarisé Thomas. Un établissement « avec une forte mixité sociale, accueillant des élèves venus de la Monnaie et d’autres des villages environnants, qui tournait très bien ». « Et d’un coup, avec cet événement traumatique, il est devenu impossible de faire cours », témoignait l’enseignant dans nos colonnes en novembre 2024.
Depuis plus d’un an et demi, Régis Roussillon et plusieurs autres personnes de Romans, de l’Éducation nationale et de l’éducation populaire essayent de construire une résistance de fond pour « retisser du lien » entre les habitants. Politis vous narrait ce combat quotidien, bien loin, cette fois, des caméras.
« Se parler, s’écouter et s’entendre »C’est donc dans la continuité de cette lutte quotidienne que l’Apses et la FSU organisaient ce colloque, articulé
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