Contre le fascisme, un printemps des peuples ?

Loin de marquer la fin de l’histoire, notre millénaire tremble des révoltes qui éclatent partout dans le monde. Un manifeste collectif, fruit de discussions transcontinentales, tente d’en tirer des leçons pour un avenir révolutionnaire.

François Rulier  • 9 avril 2025 abonné·es
Contre le fascisme, un printemps des peuples ?
© La Cantine syrienne

Tout commence en banlieue parisienne en 2019, lorsque des révolutionnaires en exil et des militants locaux créent la Cantine syrienne. Un lieu d’échanges et d’amitiés politiques donnant naissance à un réseau qui s’internationalise rapidement : Les Peuples veulent. En 2023, les discussions se muent en un projet d’écriture collectif qui traverse les océans pour donner naissance au Manifeste internationaliste.

Fort des luttes menées depuis un quart de siècle, de leurs mémoires et de leurs expériences, de leurs succès et de leurs revers, le réseau propose des chemins pour faire avancer la cause révolutionnaire, celle du pouvoir populaire qui, partout, est encadré, enchaîné et combattu. Les avant-gardes du siècle passées ne sont plus de mises, pas plus que le Grand Soir : il n’y a pas de modèle à fétichiser, pas d’épiphanie à attendre. « El tiempo de la revolución es ahora  , clament les féministes argentines : « Le temps de la révolution, c’est maintenant », dans l’accumulation des combats et l’élargissement des causes.

La constitution d’une « culture révolutionnaire trans­nationale », encore appelée « internationalisme populaire non aligné », ne va pas sans embûches. L’expérience parle, et le manifeste se garde des raccourcis et simplifications du réel. La création d’un réseau par-delà les continents soulève la question des modalités d’aide possibles. L’humanitaire, mené par les États et les ONG, tend à maintenir les dominations et à imposer des formes d’organisations aux peuples. L’arrivée des associations en Palestine après les accords d’Oslo balaie ainsi l’auto-organisation populaire qui préexistait.

Entraide joyeuse et horizontale

Le manifeste invite à s’inspirer de la pratique du minga en Abya Yala, nom donné par les peuples autochtones au continent américain : une entraide joyeuse, horizontale et fondée sur des solidarités locales. Pour traverser ­néanmoins les ­frontières, la résistance birmane offre l’exemple du crowd­funding, qui permet de financer directement la lutte. Contourner les canaux médiatiques et travailler à la visibilité des soulèvements, bloquer les usines d’armement sont encore d’autres modalités de solidarité transnationale.

Il faut investir les soulèvements populaires chaque fois qu’ils se présentent et se garder de toute prétention à la « pureté ».

Une solidarité qui doit se départir des préférences entre impérialismes : on ne soutient pas la Chine contre les ­Ouïghours ou l’Iran contre les femmes luttant pour « Jin, Jiyan, Azadî » (« Femme, Vie, Liberté ») au nom du combat contre la puissance états-unienne. L’Empire, notre monde capitaliste et globalisé, dépasse le seul Occident.

La lutte n’est pas seulement un produit d’exportation : il faut investir les soulèvements populaires chaque fois qu’ils se présentent et se garder de toute prétention à la « pureté ». Le souci de l’autonomie au nom de l’éthique révolutionnaire ne doit pas conduire à l’entre-soi, sans pour autant que l’intégration aux luttes ne signifie de se

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