L’extrême droite et les cryptomonnaies : les liaisons dangereuses

De l’Europe aux États-Unis, la mouvance nationaliste s’empare des monnaies virtuelles, jusqu’à en faire un marqueur idéologique. Cette stratégie révèle les affinités entre cet outil et la pensée réactionnaire. Et interroge la capacité de la gauche à se l’approprier.

Juliette Heinzlef  • 30 avril 2025 abonné·es
L’extrême droite et les cryptomonnaies : les liaisons dangereuses
© Traxer / Unsplash

Miner du bitcoin (1) avec le surplus de production des centrales nucléaires. Improbable ? D’autant plus lorsque l’idée n’émane pas d’un cyberentrepreneur de la tech cherchant à vendre les innombrables atouts de la cryptomonnaie, mais bien de Marine Le Pen. En visite à l’EPR de Flamanville, le 11 mars, la dirigeante du Rassemblement national (RN) a avancé que l’initiative pourrait « constituer des réserves stratégiques pour EDF, qui aideront à financer la maintenance et la rénovation des réacteurs ».

Au-delà de la proposition énergétique, la phrase met surtout en lumière l’accointance entre la cryptomonnaie – ou cryptoactif – et l’idéologie d’extrême droite. Car l’éloge de ces actifs virtuels, créés via des technologies de cryptage, n’est pas le seul fait de la cheffe de fil du RN à l’Assemblée. Comme un écho venu d’outre-Atlantique, il répond d’abord au revirement radical de Donald Trump, qui a décidé, par un décret datant du 6 mars, de conférer « une réserve stratégique de bitcoins » aux États-Unis.

Le but ? Faire de l’Amérique la « capitale mondiale de la crypto ». Un signe de reconnaissance, puisque cet actif – vivement critiqué pour sa volatilité – a contribué au financement de sa campagne présidentielle. Mais pas seulement. Une enquête de l’entreprise d’analyse de blockchain Chainalysis a révélé que les cryptomonnaies avaient servi à financer des activistes de l’ultradroite américaine présents lors de l’attaque du Capitole en 2021. Cela, par le biais d’un donateur français dénonçant le déclin de la civilisation occidentale.

Les cryptos ne sont pas seulement un outil de transaction numérique, mais participent d’une certaine conception du monde.

Remontons un peu plus loin. En 2017, Richard B. Spencer, créateur du terme « alt-right », ce courant suprémaciste blanc, tweete : « Le bitcoin est la monnaie de l’extrême droite. » L’affirmation a, semble-t-il, été prise au pied de la lettre par le président argentin Javier Milei, à travers sa promotion d’une cryptomonnaie baptisée $LIBRA, en référence à son slogan « Vive la liberté ! ». Avant que n’advienne le désastre : la cryptomonnaie s’est rapidement effondrée, causant des millions de pertes pour les investisseurs.

Un argument électoral ?

L’arrimage des cryptoactifs dans le paysage réactionnaire n’a rien d’inédit. Il coïncide même avec ses origines, comme l’a montré David

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 5 minutes

Pour aller plus loin…

Le drapeau, projection de l’individu social
Essai 22 janvier 2026 abonné·es

Le drapeau, projection de l’individu social

À Paris, la victoire du Sénégal à la CAN a fait surgir drapeaux, cris et appartenances. Derrière la ferveur sportive, ces étendards révèlent bien plus qu’un résultat de match : des identités, des solidarités et des fractures, au cœur d’un paysage politique et social où le besoin de collectif s’exprime par les symboles.
Par Olivier Doubre
Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »
Entretien 19 janvier 2026 abonné·es

Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »

Depuis Kyiv, l’avocate et militante ukrainienne pour les droits de l’homme qui dirige le Centre pour les libertés civiles, avec qui elle a obtenu le prix Nobel de la paix en 2022, raconte un pays qui s’apprête à entrer dans sa cinquième année de guerre. Elle dénonce un système international obsolète, incapable de punir le crime d’agression commis par les dirigeants russes.
Par Hugo Lautissier
L’hystérie, symptôme… des violences masculines
Féminisme 16 janvier 2026 abonné·es

L’hystérie, symptôme… des violences masculines

Stéréotype sexiste qui traverse les époques, le mythe de l’hystérie continue d’influencer la médecine et la justice. La journaliste Pauline Chanu le décortique, exhumant au passage des siècles de violences institutionnelles et médicales.
Par Salomé Dionisi
Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »
Entretien 13 janvier 2026 libéré

Christiane Taubira : « Face à Trump, la France ne joue pas son rôle de puissance régionale »

L’ancienne élue de Guyane est une grande voix des Outre-mer français. Elle revient sur le rapt de Nicolás Maduro et l’absence d’une grande action diplomatique de la France, puissance pourtant voisine du Venezuela, face à cette violation flagrante du droit international par les États-Unis.
Par Olivier Doubre