Marine Le Pen : une justice sous influence des sondages

En rendant Marine Le Pen éligible, la cour d’appel de Paris a voulu tenir compte du contexte électoral, mais pris le risque de faire élire une délinquante.

Denis Sieffert  • 16 juillet 2026
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Marine Le Pen : une justice sous influence des sondages
Manifestation contre Marine Le Pen, dans la ville de La Flèche, le 8 juillet 2026.
© FRED TANNEAU / AFPn

Quel jugement alambiqué ! La cour d’appel de Paris a bien confirmé la culpabilité pleine et entière de Marine Le Pen pour « détournement de fonds publics ». Elle a bien souligné dans ses attendus « la violation de la confiance que les électeurs sont fondés à avoir dans leurs représentants ». Mais pourquoi alors avoir réduit à quarante-cinq mois la peine d’inéligibilité que le tribunal de première instance avait fixée à cinq ans ? Tout se passe comme si les juges avaient voulu jouer aux plus fins avec Marine Le Pen, lui rendant son éligibilité, tout en croyant rendre impossible sa candidature par une peine de prison exécutée sous bracelet électronique.

La désormais candidate a vu le trou de souris dans lequel elle allait pouvoir se faufiler, spéculant habilement sur les lenteurs de la justice.

Ainsi, l’impossibilité de se présenter à la présidentielle ne repose plus sur une décision de justice claire, mais sur la morale aléatoire de la cheffe du Rassemblement national. Un pari risqué comme la suite l’a prouvé. Marine Le Pen s’était engagée à ne pas se pourvoir en cassation, elle s’est pourvue en cassation. Elle avait juré ses grands dieux qu’elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique, ce n’est plus un problème aujourd’hui. Une aubaine, au moment où le jeune Bardella commençait à faire peur à ses amis.
Flanquée d’une armada d’avocats, la désormais candidate a vu le trou de souris dans lequel elle allait pouvoir se faufiler, spéculant habilement sur les lenteurs de la justice.

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En multipliant les pourvois, elle s’assure que la Cour de cassation tardera à rendre son verdict, puis que le juge d’application des peines ne rendra pas exécutoire le port du bracelet électronique avant la présidentielle. Le tour est joué. Il l’est avec la complicité involontaire des juges. Si par malheur Marine Le Pen venait à être élue, la France aurait donc à sa tête une grande délinquante, condamnée à la prison, mais protégée par son immunité présidentielle. Quelle déchéance pour notre pays sur la scène internationale ! Marine Le Pen rejoindrait au purgatoire des repris de justice en sursis Donald Trump et Benyamin Netanyahou.

La démagogie électorale, combinée à l’influence des médias, suffirait-elle à amnistier tous les crimes ?

Mais il y a autre chose dans le jugement de la cour d’appel qui devrait interroger tous les démocrates et qui ne relève pas seulement de la naïveté des juges. C’est la référence au contexte. Voilà peut-être le vrai débat. La cour semble avoir cédé à l’argument du Conseil constitutionnel qui, dans une autre affaire, le 25 mars 2025, avait statué qu’« il revient au juge d’apprécier le caractère proportionné de l’atteinte que cette mesure est susceptible de porter […] à la préservation de la liberté de l’électeur ». Le Conseil avait-il lui-même été sensible à la pression du Rassemblement national selon lequel il ne fallait pas priver les électeurs de leur libre choix ? Argument populiste entre tous. Les électeurs auraient toujours raison. Fi donc de la séparation des pouvoirs ! Pire, ce sont les sondages qui pèsent sur la décision de justice. C’est Montesquieu qu’on assassine. La démagogie électorale, combinée à l’influence des médias, suffirait-elle à amnistier tous les crimes ?

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Dans l’architecture démocratique conçue par les philosophes des Lumières, l’État de droit repose sur trois piliers indépendants : exécutif, législatif et judiciaire. L’histoire n’a-t-elle pas donné maints exemples de peuples qui se trompent ou qui sont trompés ? Sans aller chercher le vote du 23 mars 1933 en Allemagne après que Hitler eut liquidé l’État de droit, voyons ce qui se passe aux États-Unis aujourd’hui avec le multidélinquant Donald Trump et une Cour suprême aux ordres. Comble d’ironie, la cour d’appel semble avoir oublié l’Esprit des lois qui repose sur une vérité anthropologique qui veut que « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser », et qu’il faut donc, pour qu’on ne puisse en abuser, « que le pouvoir arrête le pouvoir ».

Marine Le Pen est loin d’avoir gagné, mais quel prix la démocratie devra-t-elle payer pour lui faire barrage ?

Qui, maintenant, peut arrêter Marine Le Pen propulsée plus que jamais par les sondages ? Certainement pas Bruno Retailleau, l’homme qui pense que l’État de droit n’est pas sacré. Pas non plus Édouard Philippe, qui va être tenté, comme sans doute la gauche sociale-démocrate, d’aller de plus en plus à droite pour contrer la candidate du Rassemblement national. Bien sûr, Marine Le Pen est loin d’avoir gagné, mais quel prix la démocratie devra-t-elle payer pour lui faire barrage ? À gauche, il faut rendre hommage à Clémentine Autain qui, en retirant sa candidature, a pris acte du refus des socialistes d’organiser une primaire ouverte. Elle fait preuve de lucidité et de dignité, non sans mettre au défi Mélenchon d’être le rassembleur de la gauche.

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