Portugal : l’extrême droite à qui perd gagne

Sauf surprise, la mouvance populiste ne devrait pas être en mesure de dégager une majorité pour diriger le prochain gouvernement après les élections législatives du 18 mai. Mais peu lui importe au fond, puisqu’elle a déjà réussi à imposer ses idées.

Vincent Bresson  • 14 mai 2025 abonné·es
Portugal : l’extrême droite à qui perd gagne
Une fresque des artistes Antonio Alves et Rigo célébrant la révolution de 1974, dans le Bairro Alto, à Lisbonne.
© Artur Widak /NurPhoto / AFP

Le couperet est tombé samedi 3 mai. Ce jour-là, 4 574 ressortissants étrangers en situation irrégulière ont appris qu’ils avaient vingt jours pour quitter le territoire portugais. « Cette mesure confirme que la politique migratoire du Portugal est devenue une politique d’immigration réglementée, que les règles d’immigration doivent être respectées et que le non-respect de ces règles a des conséquences », s’est félicité António Leitão Amaro, ministre de la Présidence portugaise.

La mesure n’a pas manqué de révolter de nombreuses structures de défense des droits des migrants. « Le gouvernement vient nourrir un narratif anti-immigration de plus en plus prégnant, dénonce Ana Paula Costa, présidente de l’association Casa do Brasil, très agacée. Les personnes que l’on accompagne ressentent de plus en plus une forme de méfiance à leur égard. Et quand on voit les débats sur la scène politique, ça ne risque malheureusement pas de s’améliorer. »

Situés dans le quartier pittoresque du Bairro Alto à Lisbonne, les bureaux de la structure aident depuis trente-trois ans les Brésiliens résidant au Portugal. Ici, la mesure effraie : « Le gouvernement crée du ressentiment autour d’une population déjà très vulnérable », regrette la militante.

Les partis n’osaient pas trop incarner les valeurs d’ordre et de sécurité. Il y a désormais un effet à retardement.

Y. Léonard

Ana Paula Cos n’est pas dupe. L’annonce du renvoi de ces étrangers en situation irrégulière est intervenue un jour après un nouveau rebondissement dans une possible affaire de conflit d’intérêts qui avait entraîné la chute du gouvernement au mois de mars. « Les étrangers servent d’écran de fumée, relève Ana Paula Costa. C’est hypocrite, car le gouvernement n’est pas tombé à cause de l’immigration, mais bien à cause des soupçons qui pèsent sur le premier ministre, Luís Montenegro. »

Le timing de cette annonce n’a pas manqué non plus d’indigner l’opposition. Il ne serait pas si innocent : le lendemain, le 4 mai, marquait le premier jour officiel de la campagne électorale des législatives, qui s’achèvera ce dimanche. Ces élections sont les troisièmes en trois ans. Mais, cette fois, la tonalité de la campagne a changé. L’immigration se place au cœur des débats et la majorité compte bien montrer sa proactivité pour la

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Coupe du monde de football : la société civile états-unienne se mobilise contre l’ICE
États-Unis 10 juin 2026 abonné·es

Coupe du monde de football : la société civile états-unienne se mobilise contre l’ICE

Des associations, syndicats et responsables religieux américains se mobilisent contre la présence de la police fédérale de l’immigration, à l’approche de la Coupe du monde de football masculine, qui débute ce 11 juin.
Par Orlando Vinson
Mondial de football : la Fifa ferme encore les yeux sur les droits humains
Décryptage 10 juin 2026

Mondial de football : la Fifa ferme encore les yeux sur les droits humains

Par la voix de son président, Gianni Infantino, l’institution organisant la compétition s’aligne sur la politique xénophobe et violente d’un des pays hôtes, les États-Unis. La proximité entre des régimes autoritaires et la Fifa n’est pourtant pas une nouveauté.
Par Martin Eteve
Anwar Abu Eisheh : « Aujourd’hui, rester en Palestine, c’est résister »
Entretien 2 juin 2026 abonné·es

Anwar Abu Eisheh : « Aujourd’hui, rester en Palestine, c’est résister »

Celui qui fut ministre de la Culture de l’Autorité palestinienne est né en 1951 à Hébron. Engagé très jeune au sein du Fatah, il a été emprisonné puis contraint à l’exil en France. Il appelle les gouvernements occidentaux à faire pression sur Israël pour que ce pays respecte enfin le droit international.
Par Céline Martelet
Colombie : duel présidentiel entre gauche et extrême droite
Colombie 2 juin 2026

Colombie : duel présidentiel entre gauche et extrême droite

La Colombie s’apprête à vivre un second tour inédit entre gauche et extrême droite. Si Abelardo de la Espriella a déjoué les sondages en arrivant en tête du premier tour, Ivan Cepeda réalise, à gauche, un score historique qui laisse entrevoir une bataille électorale particulièrement serrée jusqu’au scrutin du 21 juin.
Par Sergio Coronado