La gauche en désaccord sur l’après-Bayrou

Socialistes, insoumis, écologistes et communistes échafaudent leurs stratégies pour l’après-8 septembre, jour où le premier ministre devrait très logiquement tomber. Et encore une fois, les gauches ne sont pas alignées.

Lucas Sarafian  • 29 août 2025 abonné·es
La gauche en désaccord sur l’après-Bayrou
Rassemblement contre l'extrême droite, place de la République, à Paris, le jeudi 27 juin 2024.
© Maxime Sirvins

Comme un air de déjà-vu. Il y a quelques mois, alors que Michel Barnier venait d’être désavoué par l’Assemblée, la gauche n’imaginait pas l’avenir de la même façon. Les socialistes rêvaient d’entamer des discussions avec le bloc central pour qu’un gouvernement de gauche soit appelé. Les insoumis défendaient bec et ongles l’idée d’un gouvernement 100 % Nouveau Front populaire (NFP), sans compromis possible avec le centre et la droite.

Les écolos tentaient de lancer une discussion entre tous les partis de l’« arc républicain » pour s’accorder sur une feuille de route comprenant quelques priorités comme l’abrogation de la réforme des retraites, la revalorisation du Smic, un plan d’urgence pour l’hôpital… Et pendant ce temps, plus grand monde ne poussait Lucie Castets.

Rebelote. Après l’annonce le 25 août du vote de confiance sollicité par François Bayrou, il serait faux d’admettre que la gauche fait preuve de toute son unité. Chacun dans son couloir, les chapelles de l’ancien NFP phosphorent sur les scénarios à envisager pour l’après-8 septembre, date à laquelle le premier ministre sera très logiquement désavoué par l’Assemblée nationale. Socialistes, écolos, insoumis et communistes avancent dans le flou et élaborent des stratégies qui entrent parfois en confrontation.

Pour les insoumis, la marche à suivre est simple. Jean-Luc Mélenchon et les siens n’envisagent pas une seule seconde de débattre avec le reste de la gauche ou de discuter d’un éventuel compromis avec le bloc central. D’ailleurs, ils ne se rendront pas au rendez-vous initié par François Bayrou à Matignon la semaine prochaine. D’après eux, le « poisson pourrit par la tête », selon leurs mots. Traduction : puisqu’Emmanuel Macron, en nommant à deux reprises une figure de son camp à Matignon, est responsable du blocage, il faudrait donc qu’il s’en aille.

La cible Macron

La France insoumise (LFI) déposera une motion de destitution le 23 septembre, jour initialement prévu de l’ouverture d’une session extraordinaire à la Chambre basse. Les mélenchonistes ont une cible, le président, et ils ne relâcheront pas la pression. Pour eux, seule la convocation d’une présidentielle anticipée pourrait débloquer la situation et, par la même occasion, les mener au pouvoir. « Nous n’avons pas peur des élections, nous sommes prêts à faire campagne », avançait un député insoumis avant même l’annonce kamikaze du Premier ministre.

Les socialistes ne veulent pas entendre parler du scénario d’une présidentielle anticipée. Ni même d’une nouvelle dissolution. Mais encore faut-il qu’ils s’entendent entre eux. Car, une fois n’est pas coutume, le parti au poing et à la rose est divisé sur la stratégie à adopter. À la fin du mois d’août dans Le Nouvel Obs, le député de l’Eure Philippe Brun évoquait l’idée d’un gouvernement « républicain de la dernière chance » qui devrait « être issu du vote qui a porté la gauche en tête aux législatives de 2024 ».

La priorité est de ne pas enfoncer le pays dans le chaos.

P. Lécorché

Le député sous-entendait ainsi que la seule sortie du blocage serait l’arrivée au pouvoir d’un exécutif respectant le périmètre du front républicain. À la condition que ce gouvernement respecte, selon lui, les « urgences que demandent les Français », c’est-à-dire le pouvoir d’achat, le logement, la santé ou l’école.

D’autres roses, comme Jérôme Guedj dans L’Opinion, imaginent une solution hybride comme un premier ministre « de transition » nommé après un pacte de non-censure dealé entre les socialistes et le bloc central. Des idées qui pourraient être partagées par Raphaël Glucksmann et ses troupes de Place publique qui ne veulent pas de nouvelles législatives. « La priorité est de ne pas enfoncer le pays dans le chaos », affirme Pascaline Lécorché, déléguée nationale du parti.

« On est prêts à gouverner avec un premier ministre de gauche issu de nos rangs ou de notre sensibilité adossé à un pacte de non-censure avec le bloc central, estime le député du Val d’Oise, Romain Eskenazi. Certains députés macronistes s’étaient montrés favorables à la nomination de Bernard Cazeneuve quand l’hypothèse circulait l’année dernière. Un premier ministre à la gauche de la droite ou à la droite de la gauche pourrait construire un consensus sur des réformes pour plus de justice sociale, fiscale, pour une politique de réindustrialisation… » « Ceux qui défendent ces propositions sont des voix dissidentes, ils ne sont pas majoritaires dans le parti », balaie un député de l’aile gauche du parti.

Mais une chose est sûre : aucun socialiste ne se voit partager un conseil des ministres avec les insoumis. Les roses espèrent néanmoins que les députés mélenchonistes pourraient soutenir un gouvernement de gauche sans y participer.

Si demain, un premier ministre de gauche est appelé, le périmètre de cette alliance fera débat.

« On était tous d’accord sur la censure et le vote contre la confiance a été une évidence pour nous, rappelle un

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