Comment les macronistes ouvrent la voie au RN à l’Assemblée

Yaël Braun-Pivet et la Macronie entendent faire entrer l’extrême droite au bureau du Palais Bourbon. Les bases d’un deal implicite pour sauver Sébastien Lecornu ? En parallèle, les macronistes rêvent de reprendre la main sur des postes clefs en commission des Finances.

Lucas Sarafian  • 25 septembre 2025 abonné·es
Comment les macronistes ouvrent la voie au RN à l’Assemblée
Yaël Braun-Pivet lors des questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale, le 23 mai 2023.
© Lily Chavance

Funeste idée. Dans les couloirs du Palais-Bourbon, Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée, a dans ses cartons un plan explosif : faire entrer le Rassemblement national (RN) au bureau de la Chambre basse, la plus haute autorité collégiale de l’hémicycle. Une instance qui a notamment le pouvoir de prononcer des sanctions contre les députés. Autant dire que l’enjeu est de taille. Et le projet de celle du perchoir n’est même pas secret.

Le 20 septembre dans Le Parisien, la présidente de l’Assemblée nationale l’affirme ouvertement : « Je n’ai jamais fait le tri entre les parlementaires sur le plan institutionnel. Ma position est intangible. Tous les groupes doivent être représentés. » « Qu’il y ait une plus juste représentation au sein des instances, cela semble normal », juge le député Ensemble pour la République (EPR) Denis Masséglia. Le bureau est composé de six vice-présidents, trois questeurs et 12 secrétaires.

Qu’il y ait une plus juste représentation au sein des instances, cela semble normal.

D. Masséglia

La gauche, avec 13 députés sur les 22 membres de cette instance, y est aujourd’hui majoritaire. Alors que les membres du « socle commun » sont au nombre de 7 tandis que le RN, tout comme le Modem, n’y est pas représenté. Selon une membre de l’actuel bureau de la Chambre basse, le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella revendiquerait désormais deux vice-présidences et plusieurs secrétaires.

Depuis des semaines, Yaël Braun-Pivet tente de convaincre tous les groupes politiques du bien-fondé de sa démarche. En théorie, ils peuvent se mettre d’accord pour, selon l’article 10 du règlement de l’Assemblée, « établir la répartition entre les groupes de l’ensemble des fonctions du bureau et la liste de leurs candidats à ces fonctions ». Pour ce faire, les présidents de groupes prennent en compte le poids des forces au sein de l’hémicycle selon un système à points plutôt complexe. Une première réunion a eu lieu le 2 juillet. Elle n’a pas duré plus d’une demi-heure. La deuxième réunion aura lieu le 29 septembre.

« Non, il n’y a pas d’accord »

Pour le moment, la gauche reste impassible. Socialistes, écologistes, insoumis et communistes refusent de faire entrer le RN au bureau. « Il n’y a pas vraiment de discussion. Yaël Braun-Pivet a demandé s’il y avait un accord pour éviter le vote. Et non, il n’y a pas d’accord », affirme le patron du groupe socialiste Boris Vallaud. Ils ont le sentiment que, puisque le suffrage universel est exprimé, tous les députés ont les mêmes droits. Mais il faut aussi se poser la question du mandat pour lequel nous avons été élus. Et j’ai été élu avec le mandat du front républicain. Ce sera donc sans les socialistes. Et sans toute la gauche. »

Très logiquement, les patrons des groupes ne devraient pas s’entendre de façon unanime. De ce fait, tous les députés devraient voter le 1er octobre, jour d’ouverture de la session parlementaire, pour élire leurs vice-présidents, questeurs et secrétaires de l’Assemblée. « Mais le suspense est quand même ténu. Les macronistes ont une majorité à l’Assemblée avec le RN », admet Boris Vallaud. Toutefois, le bloc central devrait vaciller.

Nous devons nous en tenir à la situation actuelle et au barrage républicain qui s’est exprimé dans les urnes en juillet

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