Ces personnalités de gauche qui obsèdent l’extrême droite

Rokhaya Diallo, Rima Hassan, Sandrine Rousseau, Adèle Haenel, Judith Godrèche et Éric Fassin : des noms systématiquement visés par le camp réactionnaire à la moindre prise de position ou de parole. Portraits.

Lucas Sarafian  et  Salomé Dionisi  et  Hugo Boursier  • 29 octobre 2025 abonné·es
Ces personnalités de gauche qui obsèdent l’extrême droite
© PASCAL LE SEGRETAIN / Getty Images via AFP (R. Diallo) ; JOËL SAGET/ AFP (S. Rousseau) ; Henrique Campos / Hans Lucas via AFP (J. Godrèche) ; Maxime Sirvins (R. Hassan).
Rokhaya Diallo, voix subversive (Photo : PASCAL LE SEGRETAIN / Getty Images via AFP)

Elle n’a peur de rien. Devant le conseil des droits de l’homme des Nations unies en octobre 2024, Rokhaya Diallo dénonce la diabolisation des antiracistes et des mouvements pro-Palestine ainsi que la montée de l’extrême droite. Elle sait que son discours sera la cible des militants radicaux nationalistes. Comme à chaque fois qu’elle prend la parole. Elle le sait, mais elle tient la ligne. Depuis des années, l’essayiste et réalisatrice antiraciste est accusée de tous les maux. « Communautariste », « antirépublicaine », « égérie de la polarisation identitaire »… Les attaques sont nombreuses.

Car le système médiatique mainstream et les forces politiques réactionnaires détestent que Rokhaya Diallo parle de racisme systémique ou de violences policières. La journaliste dit ce qui gêne. Elle est harcelée sur les réseaux sociaux comme dans les tribunaux. Un harcèlement dont s’est d’ailleurs saisi le rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs des droits humains. « Ce harcèlement est pensé pour nous placer dans un état d’alerte permanent. À certains moments d’actualité, comme les attentats, mon nom remonte dans des forums d’extrême droite », confiait-elle à Politis en juillet. Mais Rokhaya Diallo ne craint pas de mener la bataille des idées sur BFMTV ou, il y a longtemps, face à Cyril Hanouna, dans « Touche pas à mon poste » (TPMP). Et elle ne semble pas vouloir arrêter le combat.

L.S.

Judith Godrèche et Adèle Haenel : deux féministes qui dérangent Adèle Haenel, lors du procès Ruggia. (Photo : ALAIN JOCARD / AFP.)

L’une a initié une rupture avec le monde du cinéma, l’autre l’a subie. Adèle Haenel et Judith Godrèche ont dénoncé l’omerta autour des violences commises sur les enfants, et depuis… écran noir. Après leurs prises de parole, les deux actrices sont tombées en disgrâce là où, auparavant, on leur dépliait le tapis rouge, qualifiées « d’hystériques », de « bobos » ou encore de figures d’un « néoféminisme épurateur » dans la presse de droite. « Le match Adèle Haenel vs. Judith Godrèche, qui est la plus radicale ? », titre Marianne. À chaque prise de position politique – contre les violences sexuelles, en soutien aux mouvements sociaux ou contre le génocide à Gaza –, c’est l’imaginaire de la féminazie qui est brandi pour décrédibiliser leur parole.

Judith Godrèche. (Photo : Henrique Campos / Hans Lucas.)

Une rhétorique qui sert aussi d’axe de défense aux accusés, notamment pour Christophe Ruggia lors du procès à l’issue duquel il a été condamné à deux ans de prison ferme pour agressions sexuelles sur Adèle Haenel. Durant l’audience de délibéré, les bancs du public étaient davantage remplis par les militantes féministes que par les personnalités du monde de la culture. Judith Godrèche, elle, était là. Cyberharcèlement, ostracisme, difficultés à financer des projets… Dans l’industrie du cinéma, l’engagement féministe coûte manifestement plus qu’il ne rapporte.

S.D.

Éric Fassin, l’intellectuel ostracisé (Photo : DR.)

Sociologue reconnu, longtemps invité régulier des plateaux télé et des tribunes de presse, Éric Fassin s’est imposé comme une figure centrale des études de genre et des réflexions sur la politisation du sexe, du racisme et des migrations. Professeur à Paris-8, il appartient à cette génération d’intellectuels de gauche qui ont voulu faire entrer dans le débat public les outils critiques venus du monde anglo-saxon : féminisme, queer theory, intersectionnalité. Mais, à mesure que ces concepts ont été disqualifiés dans l’espace médiatique français, Fassin est devenu une cible. Hier encore présenté comme un chercheur engagé, il est aujourd’hui souvent caricaturé en militant idéologue.

Ses prises de position contre le racisme d’État, la hiérarchie des vies ou l’obsession de l’« identité nationale » lui valent d’être traité d’« islamogauchiste » ou de représentant d’une « gauche déconstructrice ». Ce qui, dans les années 2000, relevait d’un débat intellectuel est désormais perçu comme une menace pour l’« arc républicain ».

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…