« Au Cameroun, la jeunesse voudrait s’inspirer de la Gen Z »
La politiste Marie-Emmanuelle Pommerolle, spécialiste du Cameroun, analyse la place du pays dirigé d’une main de fer par le nonagénaire Paul Biya depuis 1982, au lendemain de sa réélection, dans l’espace régional ouest-africain et avec l’Occident, dont l’ancienne puissance coloniale française.

© AFP
Maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-1, Marie-Emmanuelle Pommerolle observe la société camerounaise où la jeunesse, majoritaire, souvent éduquée, souffre de voir le pays confisqué par des vieillards qui se sont approprié le pouvoir depuis des décennies et n’agissent plus depuis longtemps. Mais elle souligne aussi que la politique étrangère du pouvoir a toujours été marquée par la discrétion et l’éclectisme, qui lui a permis de développer – outre une relation privilégiée avec la France, ancienne puissance coloniale –, des alliances aussi bien avec le Gabon voisin que la Chine, Israël ou la Turquie.Comment interpréter les résultats des élections de dimanche 12 octobre qui ont vu la réélection de Paul Biya pour un huitième septennat à l'âge de 92 ans ? Son pouvoir autoritaire semble encore tenir le coup ?
Les résultats officiels font de lui le vainqueur, mais avec un résultat bien moins important que lors des scrutins précédents [il a remporté l'élection avec plus de 53 % des suffrages exprimés selon le Conseil constitutionnel, N.D.L.R.]. Ce qui montre que même les chiffres officiels avalisent une érosion du soutien populaire pour Paul Biya. Par ailleurs, sa victoire est largement contestée par un opposant que l'on peut qualifier de « surprise », puisque celui-ci, Issa Tchiroma Bakary, était ministre jusqu'à sa démission, au mois de juin dernier. Il revendique ainsi sa victoire sur la base de procès-verbaux qu'il a réussi à collecter, dans les départements les plus peuplés du pays.
Le système apparaît aujourd'hui comme fortement contesté, ne reposant plus que sur la force.
Le système apparaît donc aujourd'hui comme fortement contesté, ne reposant plus que sur la force, avec des manifestants soumis à une répression très violente [5 morts en trois jours, depuis la proclamation des résultats lundi dernier, 27 octobre, N.D.L.R.]. Et deux militants importants, qui sont parmi ceux qui ont fait en sorte que Tchiroma Bakary puisse se présenter comme leader d'une coalition d'opposition, ont été arrêtés le 24 octobre. Ce qui traduit bien une certaine fébrilité du pouvoir.Quelle place tient le Cameroun dirigé par Paul Biya dans cette région de l'Afrique ?
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