Pourquoi les droits des animaux interrogent notre humanité

Depuis 2015, le code civil français reconnaît les animaux comme des êtres vivants doués de sensibilité. Une évolution en lien avec une prise de conscience dans la société mais qui soulève des enjeux éthiques, philosophiques et juridiques fondamentaux.

Vanina Delmas  • 23 octobre 2025 abonné·es
Pourquoi les droits des animaux interrogent notre humanité
© Andre Tan / Unsplash

Janvier 2024, au tribunal correctionnel de Lille. Pour la première fois, la justice française condamne un homme pour des violences sur son chat, et le condamne à verser 100 euros à la Ligue de protection des animaux, partie civile dans cette affaire. Une somme symbolique, mais une condamnation  au titre du « préjudice animalier » qui ouvre de nouveaux horizons pour la protection animale, et pour l’évolution du droit.

En France, les premières protections accordées à l’animal remontent au milieu du XIXe siècle, avec la loi Gramont, afin de condamner les mauvais traitements infligés en public aux animaux, notamment sur les chevaux. Selon cette loi, « seront punis d’une amende de cinq à quinze francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques. La peine de prison sera toujours appliquée en cas de récidive. »

Mais les animaux domestiques ou captifs ne seront formellement reconnus par le droit comme des êtres vivants doués de sensibilité qu’avec la loi de 1976 sur la protection de la nature dans le code rural. L’article L. 214-1 dispose que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

De "bien meuble" à "être doué de sensibilité"

En 2015, une évolution juridique considérable a lieu permettant une meilleure application du droit existant : l’article 515-14 du code civil établit que l’animal est considéré comme un « être vivant doué de sensibilité » dans le code civil. Auparavant, il était considéré comme un « bien meuble » ou « immeuble par destination ».

En 2021, une loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale a été adoptée, et permis de nouvelles avancées : interdiction de la vente de chiots et chatons en animalerie en 2024, aggravation des sanctions pénales contre la cruauté animale, ou encore, l’interdiction des élevages de vison, de la détention d’animaux sauvages dans les cirques itinérants d’ici à 2028, et de cétacés dans les delphinariums d’ici à 2026.

Les animaux sauvages et la maltraitance des animaux dans les abattoirs ne sont pas régis par le code civil.

C. Sueur

« Certains juges et avocats se sont saisis de ce texte depuis dix ans, donc il y a eu davantage de condamnations, de peines prononcées et d’amendes données. Mais cela ne concerne qu’exclusivement les chiens et les chats… Les animaux sauvages, et par exemple, la maltraitance des animaux dans les abattoirs ne sont pas régis par le code civil », explique Cédric Sueur, éthologue et responsable du Master Éthique et droit de l’animal, à l’université de Strasbourg.

Le statut des animaux sauvages reste un angle mort de la sphère juridique car toujours considérés comme res nullius (« n’appartenant à personne »). « Le droit ne peut pas avancer efficacement sans l’éthologie [science des comportements des espèces animales dans leur

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