Naturalisation : des Palestiniens sous pression de la DGSI

Convoqués par la Direction générale de la sécurité intérieure alors qu’ils demandaient la nationalité française, trois Palestiniens racontent les entretiens durant lesquels on leur a suggéré de fournir aux Renseignements des informations sur le mouvement associatif palestinien.

Pauline Migevant  • 11 décembre 2025 abonné·es
Naturalisation : des Palestiniens sous pression de la DGSI
© Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas via AFP

« Vous avez été engagée dans l’associatif ? » demande à Rola* l’un des deux hommes qui se tient en face d’elle. « Oui », répond la jeune femme avec fierté. La scène a lieu au début des années 2010 dans les bureaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à Levallois-Perret. Rola, Palestinienne venue en France pour ses études, y a été convoquée après sa demande de naturalisation. « Je n’avais rien à cacher », raconte celle qui a fait partie de l’Union générale des étudiants palestiniens (Gups) en France, une association engagée pour la libération de la Palestine.

Les questions s’enchaînent pendant deux heures, sur sa famille, ses amis, son parcours. Le lendemain de ce premier entretien, de bonne foi, Rola rappelle ses interlocuteurs pour ajouter un élément oublié sur un parent éloigné, et dont une proche lui a dit au téléphone qu’il vaudrait mieux le communiquer. La DGSI saisit l’occasion et lui propose un autre entretien.

Je n’ai pas eu de pression directe, mais aucune nouvelle de ma demande pendant quatre ans.

Rola

Cette fois, un agent vient déjeuner avec elle. « Ils cherchaient des infos sur la Gups. » À cette époque, elle n’y est plus, car l’association est réservée aux étudiants. Mais l’agent lui assure qu’il peut l’aider à y entrer de nouveau. Quelques jours plus tard, elle décline l’offre, prétextant se « concentrer sur son intégration en France et son projet professionnel ». « Pas de problème », lui aurait-on répondu. « Je n’ai pas eu de pression directe, mais aucune nouvelle de ma demande pendant quatre ans, malgré mes relances régulières, même avec un avocat », déplore-t-elle.

Après son entretien, Rola se souvient avoir ressenti « une forme de paranoïa » et s’être posé des questions du type : « Est-ce qu’on va renouveler ma carte de séjour ? » Elle finit par constituer un nouveau dossier justifiant de ses plus de dix ans de séjour en France, de ses études et de ses 6 CDI. « Là encore, rendez-vous avec la DGSI. »

Six ans après sa demande, elle obtient la nationalité. Plus de dix ans après ces événements, Rola reste choquée par le fait « qu’on nous demande de travailler pour [la DGSI] et d’infiltrer le milieu associatif, surtout pendant une demande de naturalisation, quand on est en situation de vulnérabilité… »

« Prouver que vous êtes une bonne citoyenne »

Sara* a reçu par la poste le même courrier que Rola après sa demande de naturalisation. La convocation, consultée par Politis, indiquait : « Demande d’acquisition de la nationalité française. » Comme Rola, elle doit apporter des documents d’identité, son contrat de travail et un CV.

« À chaque demande de naturalisation, il y a une enquête de moralité pour vérifier la loyauté de l’individu à l’État. Si la police considère qu’il peut y avoir des questions liées aux Renseignements ou des risques pour la sécurité de l’État, elle peut saisir la DGSI », explique Jules Lepoutre, chercheur en droit, spécialiste de la naturalisation. « Ensuite, la DGSI peut se saisir du cas, ce qui n’est pas obligatoire. Il est impossible de dire si c’est fréquent. »

Depuis son arrivée en France, Sara, alors étudiante et engagée à la Gups, avait déjà été convoquée deux fois au commissariat et une fois à la DGSI. Si le motif invoqué était la « régularisation de sa situation administrative », les questions sur sa vie et son entourage lui avaient fait comprendre qu’elle était face aux Renseignements. « Les deux personnes que j’ai rencontrées ont fini par me dire, la troisième fois, qu’elles étaient spécialisées sur les Palestiniens. »

En 2016, lors de sa demande de naturalisation, la jeune femme est de nouveau convoquée dans les bureaux de la DGSI. « Ils ne se cachaient plus », résume-t-elle. « J’avais déjà vu un des agents. Les questions étaient les mêmes : sur des personnes

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