Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : posez vos questions
Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.

© Sameer AL-DOUMY / AFP
Une poignée de jours et la situation politique qui chavire. Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque samedi 14 février, suite à un affrontement violent avec des antifascistes à Lyon, et alors que l’enquête policière a permis d’identifier et d’interpeller onze individus, dont six avec un lien direct avec les violences, le paysage politique du pays est plus que secoué.
La France insoumise, par l’intermédiaire du député du Vaucluse, Raphaël Arnault, cofondateur du collectif antifasciste de la Jeune Garde, impliquée dans la mort de Quentin Deranque, est vivement critiquée. L’un des collaborateurs parlementaires de l’élu, ainsi qu’un ancien stagiaire, ont été interpellés. La question de l’anticipation de la rixe et de la présence policière à la conférence de Rima Hassan à l’Institut des études politiques de Lyon (IEP) – à laquelle s’opposait le collectif fémonationaliste Némésis accompagné de groupuscules d’extrême droite, dont faisait partie Quentin Deranque –, reste prégnante. Tout comme celle du degré d’implication des collaborateurs insoumis de Raphaël Arnault.
Mardi, lors des questions d’actualité au gouvernement, la formation de Jean-Luc Mélenchon a été presque unanimement conspuée. Des citoyens de gauche ont aussi exprimé leur surprise et leur mécontentement vis-à-vis de leurs élu·es qui ont participé à la minute de silence dans l’hémicycle.
Depuis samedi, des permanences insoumises et syndicales ont été dégradées. Des violences ont été constatées à Toulouse, et plusieurs rassemblements en hommage au militant décédé, proche du mouvement nationaliste révolutionnaire lyonnais et de l’Action française, ont été organisés. Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, souhaite l’interdiction d’une marche blanche, craignant des rixes.
Face à éléments, légitimement inquiétants tant ils composent les ingrédients d’une dérive violente et d’un point de bascule politique, la rédaction de Politis se mobilise pour répondre à vos questions.
Nicolas31 : « Que sait-on des interpellations ?«
Maxime Sirvins : Onze personnes (huit hommes et trois femmes) ont été interpellés entre mardi soir et mercredi matin dans l’enquête sur la mort de Quentin Deranque, après un coup de filet mené principalement en région lyonnaise, mais aussi dans plusieurs autres départements.
Sept d’entre elles sont placées en garde à vue pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, tandis que quatre autres sont entendues pour avoir mis à disposition des moyens afin de se soustraire aux recherches (aide à la fuite et/ou hébergement). Parmi les interpellé·es figureraient des personnes liées à la Jeune Garde (dissoute juin en 2025, appel en cours auprès du Conseil d’État), dont plusieurs seraient « fichées S ».
Des proches du député LFI Raphaël Arnault apparaissent dans la procédure : un assistant parlementaire soupçonné de violences, un autre collaborateur, placé en garde à vue pour une aide présumée à la fuite et un ancien stagiaire de l’équipe parlementaire. Pour l’instant, le degré d’implication précis de chacun n’est pas connu alors que les gardes à vue ont été prolongées à 48 heures, le maximum légal.
« L’antifascisme tue » : derrière le slogan politique, la réalité statistique
Si l’expression figure sur les banderoles brandies par des identitaires, comme à Angers ce week-end, jusque dans la bouche de certains politiques, comme celle de Bruno Retailleau, force est de constater que la droite radicale est responsable de bien plus de violences que l’antifascisme. S’il ne s’agit pas ici de minimiser l’homicide du militant d’extrême droite Quentin Deranque, les chiffres sont explicites : depuis 2022, hormis le décès du jeune nationaliste, les six morts motivées par des raisons politiques sont dues à l’extrême droite. Ces données sont issues du travail de recherche de la sociologue, Isabelle Sommier, directrice de l’ouvrage Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Sciences Po, 2021). L’autrice, dans Le Monde, poursuit : « Il y a eu 57 morts liées à des violences entre groupes politiques de 1986 à 2017 – 52 du fait de la droite radicale et cinq du fait de la gauche radicale. »
Nos articles du jour sur la question de l’antifascisme
« Tout le travail de sémantique de l’extrême droite actuellement consiste à stigmatiser l’antifascisme comme un problème » : retrouvez notre interview avec un membre du collectif antifasciste La Horde, qui remet en perspective la lutte contre l’extrême droite, lutte aujourd’hui désignée comme un mal à combattre par une grande partie de la classe politique et des grands médias. Au point que certains antifascistes comme Gino et Zaid, menacés d’extradition en Hongrie, s’inquiètent des répercussions.
Notre dossier sur l’affaire Deranque est à retrouver ici.
Question de Steph 29 sur le réseau Bluesky : « Quelle est la responsabilité des médias mainstream dans la banalisation de l’extrême droite et du fascisme ? »
Pierre Jacquemain : Les médias ont une grande responsabilité. Il suffit de lire Récidive. 1938 de Michael Fœssel (PUF), qui revient sur la manière dont la presse s’était comportée en période pré-fasciste, pour comprendre que nous traversons une période périlleuse. D’abord par le fait des politiques qui courent après l’extrême droite mais aussi par les médias qui suivent ce chemin : l’extrême droitisation de journaux comme Marianne, L’Express, Le Point (qui courent après Frontières ou Valeurs actuelles, l’ensemble entraîné par les médias Bolloré) et la rapidité avec laquelle ils ont basculé est inquiétante.
La presse apparaît unanime. Elle semble faire bloc avec l’idée que l’extrême droite est devenue fréquentable, tolérable, qu’elle aurait policé son discours et ses idées. Quant au contraire la gauche, une partie d’entre elle – LFI en l’occurrence –, serait devenue l’épouvantail politique. Tout ce monde cherche à faire sortir LFI du champ républicain pour y faire entrer le RN. La composition des plateaux télé depuis plusieurs mois, et sur le service public aussi, se traduit par une surreprésentation de la droite et de l’extrême droite – documenté par Arrêt sur images notamment – et quand des représentants de la gauche s’y retrouvent, c’est souvent pour y subir un procès politique. Où les arguments ne sont plus entendus.
Par ailleurs, pour suivre de très près les interviews politiques – notamment des matinales –, elles sont démesurément complaisantes avec les élus du RN ou même du centre, et exceptionnellement à charge contre les élus LFI. Raison pour laquelle il faut lire et promouvoir la presse indépendante !
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
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