« La gestion des naissances n’est pas en dehors du système capitaliste »
À rebours d’une vision nataliste centrée sur l’économie, la géographe Clélia Gasquet-Blanchard interroge les conditions d’accompagnement à la naissance dans un système capitaliste.

Mi-janvier, le bilan démographique de l'INSEE a eu un rare écho médiatique : la France a enregistré plus de morts que de naissances en 2025. Une première depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans Faire naître. Ce que le capitalisme fait à la maternité (éditions La fabrique), la géographe Clélia Gasquet-Blanchard décentre la natalité de la question économique pour interroger les conditions d'accompagnement à la naissance et les conséquences du capitalisme sur la prise en charge des mères.
Vous retracez l’histoire de la maternité, et expliquez que l’accompagnement des naissances s’est masculinisé à partir du XVIIe siècle. Qu’est-ce qui explique ce changement ?
Je me suis appuyée sur le travail des historiennes et sociologues de la naissance, ce qui m’a permis de comprendre ce que l’arrivée des institutions médicales a provoqué. Avant le XVIIe siècle, les femmes qui accouchaient étaient accompagnées à domicile par d’autres femmes, par des paires qui avaient un savoir dit « expérientiel ». Au fur et à mesure que les savoirs médicaux et les techniques scientifiques se développent, une institutionnalisation de la naissance se met en place.
Les femmes accouchent dans des structures de soin investies par un corps médical très majoritairement masculin, puis des lieux spécifiques – les maternités – se développent aux XIXe et XXe siècles, et impliquent que l’accouchement se déroule majoritairement à la maternité après la Seconde Guerre mondiale. Cette évolution illustre un long processus d’administration des naissances par l’État.
Cette médicalisation a-t-elle permis une prise en charge plus sécurisante des femmes et des nouveau-nés ?
Le taux de mortalité maternelle et infantile a évidemment largement baissé lorsque les naissances ont été médicalisées. On peut cependant noter que tout ceci se fait dans une période d’hygiénisme. Ce qui va convaincre les femmes d’accoucher dans des hôpitaux et des maternités, c’est qu’elles perçoivent ces lieux comme sûrs. Sous couvert de la sécurisation, on va développer des techniques médicales qui vont assigner les femmes à des normes de docilité, de suivi de plus en plus médicalisé, qui les dépossède parfois de leur accouchement et pose aussi question dans la relation de soin.
Sous couvert de la sécurisation, on va développer des techniques médicales qui vont assigner les femmes à des normes de docilité.
On voit alors émerger des phénomènes de violences gynécologiques et
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