À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 

Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.

Pauline Migevant  • 6 mars 2026 abonné·es
À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 
Le maire de Béziers, Robert Ménard (C), s'adresse à la presse au tribunal de grande instance de Montpellier, dans le sud de la France, le 18 février 2025, alors qu'il est convoqué par le procureur pour avoir refusé de célébrer le mariage entre une Française et un Algérien en situation irrégulière.
© Sylvain THOMAS / AFP

« Sagittaire. Amour : vous allez tomber follement amoureuse d’un OQTF. Problème : il veut se marier à Béziers. » Depuis que Robert Ménard a été élu à la mairie en 2014 en étant soutenu par le Rassemblement national (RN), l’idéologie d’extrême droite s’immisce jusqu’aux pages horoscope du journal municipal, dont il est directeur de publication.

Un humour raciste qui fait écho au refus de l’édile de marier un homme sous obligation de quitter le territoire français, en juillet 2023. Poursuivi par la justice pour s’être mis hors la loi, Robert Ménard avait interpellé Emmanuel Macron. Le chef de l’État a cru bon de juger cette situation « ubuesque parce que le droit est mal fait ». Le président a ensuite approuvé une proposition de loi visant à interdire le mariage d’étrangers en situation irrégulière. « En se servant de Béziers et de son mandat, Ménard a contribué à faire exploser les plafonds de verre au niveau national », déplore auprès de Politis un des fondateurs d’En vie à Béziers, journal local créé en réaction à l’élection de Robert Ménard.

Robert Ménard est un communicant. Le cofondateur de Reporters sans frontières a lancé, en 2012, avec son épouse Emmanuelle Duverger, le site d’extrême droite Boulevard Voltaire. C’est aussi avec elle qu’il a fondé la maison d’édition Mordicus, où sont publiés des auteurs d’extrême droite parmi lesquels Renaud Camus. À ce théoricien complotiste à l’origine de la théorie du « grand remplacement », Robert Ménard demandera, après son élection, d’écrire un livre sur l’histoire de Béziers. Un projet avorté faute d’accord financier.

« Véritable propagande idéologique »

« Pour lui, la polémique n’est pas un accident. C’est un carburant, analyse Magali Crozier, candidate insoumise aux municipales. Il maîtrise la dramaturgie, le rythme des polémiques, l’occupation permanente de l’espace public. » Fraîchement élu, l’édile appelle auprès de lui André-Yves Beck, idéologue d’extrême droite. L’ancien nationaliste-révolutionnaire qui a été pendant près de vingt ans directeur de la communication du maire d’Orange Jacques Bompard (ex-FN) « impose sa patte au journal de la ville », d’après Le Monde.

Daniel Kupferstein, a consacré un film (L’envers du décor, 2024) au journal de Béziers, devenu Le Journal du Biterrois, qu’il qualifie « d’outil de véritable propagande idéologique ». Depuis 2024, en plus de la distribution du journal dans les boîtes aux lettres, des extraits en sont directement affichés sur les panneaux municipaux.

Au mépris des faits, Robert Ménard a la volonté d’inscrire l’histoire de l’extrême droite dans celle de la Résistance.

Jean-Paul Palmade, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) de Béziers se souvient avoir été « épouvanté » par la « campagne de

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