Marche des solidarités : comment les collectifs de sans-papiers investissent les luttes antifascistes

Depuis 2018, la Marche des solidarités occupe une place importante dans les luttes antiracistes et antifascistes. Lancé par les collectifs de personnes sans papiers, ce réseau de collectifs et d’associations vise à rassembler contre l’extrême droite.

Kamélia Ouaïssa  • 7 mai 2026 abonné·es
Marche des solidarités : comment les collectifs de sans-papiers investissent les luttes antifascistes
Marche des solidarités à Paris, le 14 décembre 2024.
© Serge d'Ignazio

2018. Les lois marquées par un durcissement des politiques sécuritaires et migratoires se multiplient. Loi sécurité globale, loi séparatisme, réformes du droit du travail. Face à ce constat, Anzoumane Sissoko, porte-parole historique de la Coordination des sans-papiers 75, veut créer une convergence des luttes. « On a fait appel aux jeunes de quartiers populaires, aux familles victimes de violences policières, et aux foyers de travailleurs. Ces trois pôles se rassemblent pour créer la Marche des solidarités en 2018 », explique-t-il. « Il était important d’unir nos forces, parce que seuls, on ne va pas y arriver. »

Deux dates deviennent alors des piliers dans l’histoire du réseau : le 21 mars, journée internationale contre le racisme et le 18 décembre, celle des migrantes et migrants. Au printemps 2020 en plein confinement, Mathieu, militant engagé dans les réseaux de solidarité avec les migrants dans le 20e arrondissement de Paris, rejoint cette dynamique. « À ce moment-là, ce qui domine à gauche, c’est la pause de la lutte, raconte-t-il. On est un peu balayé par cette vague. On oublie qu’il y a énormément de métiers arrêtés, des gens sans revenus. »

« C’est une bombe à retardement »

Dans les foyers de travailleurs migrants, la situation devient rapidement critique : surpopulation, promiscuité, manque de matériel sanitaire. « C’est une bombe à retardement. » Malgré les restrictions, les liens militants persistent. « Assez rapidement, on reprend les réunions par téléphone, difficilement, on bidouille. »

À l’approche du 21 mars, l’idée d’une reprise de la mobilisation s’impose malgré l’interdiction préfectorale. La marche rassemble près de 5 500 personnes selon la préfecture de police et 10 000 personnes selon le réseau, des sans-papiers majoritairement. « C'était impressionnant » s’exclame Mathieu. Cette séquence-là m’a convaincu et je rejoins la Marche des solidarités. »

On est convaincu à la Marche qu’on est une majorité contre le racisme et contre le fascisme.

D. Godard

« Aujourd’hui, on est considéré comme la plate-forme la plus importante de la lutte », affirme Anzoumane. Une place que la Marche des solidarités revendique, notamment par sa capacité à fédérer des acteurs aux trajectoires différentes. « On arrive à parler avec tout le monde, c’est-à-dire à la fois des associations, des syndicats, des partis politiques, même si c’est difficile », poursuit-t-il.

Au cœur du projet du réseau se trouve une conviction : celle que les forces opposées au racisme et au fascisme sont bien plus nombreuses qu'elles n’apparaissent dans l’espace public. « On est convaincu à la Marche qu’on est une majorité contre le racisme et contre le fascisme », explique Denis Godard, membre de la Marche depuis sa création.

« Il y a de plus en plus de gens qui n’ont pas envie de rester passifs, qui flippent face à la situation et qui voient justement le

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