Crise à « Ouest-France » : le journalisme pourrait être une solution
Le pilier de la presse régionale va mal, et sa direction engage un énième plan d’économie. Suggestion proposée par le syndicat SNJ: arrêter de « trouver des excuses » et sortir des informations.
dans l’hebdo N° 1916 Acheter ce numéro

Ces dernières années, comme tant d’autres groupes de presse avant lui, Ouest-France souffre. Ce pilier de la presse régionale en Bretagne et de la presse hebdomadaire locale partout ailleurs en France, incessible puisque propriété d’une association, a perdu plus de 33 millions d’euros en 2025 – pour un chiffre d’affaires de 525 millions d’euros. Si son rédacteur en chef « confirme et promet davantage d’enquêtes et de reportages locaux », apprend-on dans Le Monde, en réalité, « la priorité du directoire […] est ailleurs ». Où ? Vers la vidéo, notamment avec sa nouvelle chaîne TNT Novo19, dont le succès n’est pas vraiment éclatant avec 0,8 % de part d’audience, poursuit le quotidien vespéral.
Les journalistes “vivent très mal le fait d’avoir été empêchés de sortir une info”.
Comme souvent en pareilles situations, la direction engage un énième plan d’économie, avec pour objectif « d’éviter des plans de départs volontaires ou de sauvegarde de l’emploi », dixit L’Humanité. Le groupe veut donc céder divers actifs immobiliers, fermer une de ses imprimeries, céder 20 Minutes et ses stations de radio. « Les représentants des salariés sont loin d’être sereins et le CSE [Conseil économique et social, NDLR] a fait un droit d’alerte, il y a quelques semaines », apprenait-on cependant début mai dans Les Échos.
En toile de fond, « la diffusion papier de son navire‐amiral, le quotidien, s’érode et ses revenus publicitaires plongent (-14 % par an désormais) », a rappelé Mediacités. À ce dernier problème, une solution est proposée par le syndicat hégémonique des journalistes chez Ouest-France, le SNJ, dans un compte rendu de CSE diffusé en interne début mai : sortir des informations.
Mi-avril, le journaliste de France Inter Frédéric Pommier révèle dans un livre les viols subis lorsqu’il était enfant en Normandie. Y figure un ancien maire et député qu’il choisit de ne pas nommer. Les journalistes de Ouest-France en Normandie identifient rapidement cet ancien élu grâce aux détails disséminés dans l’ouvrage : c’est l’ancien maire d’Alençon Joaquim Pueyo – il a choisi de ne pas se représenter juste après une confrontation fin janvier et conteste ces faits prescrits. Mais « la rédaction en chef ne leur a pas fait confiance » malgré « toutes les confirmations et recoupements nécessaires », écrit le SNJ. Alors, les journalistes « vivent très mal le fait d’avoir été empêchés de sortir une info ». L’info en question sort plutôt dans Le Parisien.
« On donne l’impression que l’on protège les puissants »
« Et, surtout, elle a choisi dans un premier temps de taire l’identité de l’ancien maire d’Alençon », ajoute le SNJ à propos de l’article traitant du livre et de la plainte pour viols du journaliste à l’égard de l’ancien élu. Au nom de la charte sur les faits divers de Ouest-France, aurait justifié la rédaction en chef auprès du SNJ. « Une charte qui dit pourtant le contraire quand il s’agit de l’exception de notoriété pour publier un nom », protestent les représentant·es des journalistes. Une fois le nom de l’ex-édile socialiste publié par Le Parisien, Ouest-France tourne casaque et le nomme dans ses éditions… le lendemain. « Résultat : on se contredit d’un jour à l’autre. Et, au passage, on donne l’impression que l’on protège les puissants. Double jackpot ! »
Second exemple du SNJ, national cette fois, avec le procès en appel de Nicolas Sarkozy. Mi-avril, les médias font part, et mettent en avant la mise en cause sévère par écrit de l’ancien président par Claude Guéant – « une attestation assassine » et « une riposte en règle aux attaques plus ou moins explicites de Nicolas Sarkozy », pouvait-on ainsi lire jusque dans Le Figaro. « Nous avons été le seul titre à ne pas avoir jugé bon d’en parler », tonne le SNJ. Réponse de la rédaction en chef : un manque de moyens pour « suivre tout le procès en appel ». Le syndicat insiste : « Tous les talk-shows ne parlaient que de cela. Eh bien pas chez nous. Ni le jour même. Ni le lendemain. Quelle crédibilité ? »
« Nous avons eu moins de pudeur et de frilosité concernant l’affaire de détention présumée de drogue par la députée européenne LFI Rima Hassan », lance encore le SNJ à propos de la publication d’une dépêche AFP – suivie de huit autres articles selon notre recension. Alors, plutôt qu’un nouveau plan d’économies sur le dos des journalistes du groupe et des moyens dédiés à l’information de son lectorat, les représentant·es des journalistes proposent une autre possibilité. « Puisque l’urgence nous l’impose, il faut arrêter de trouver des excuses pour ne pas sortir nos bonnes informations. » Chiche ?
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