Enzo Traverso : « L’histoire dépend de notre façon de penser l’avenir »
Comment écrit-on l’histoire aujourd’hui ? Dans un monde dépourvu d’horizon utopique, l’historiographie est aujourd’hui dominée par la notion de mémoire, explique Enzo Traverso dans un ouvrage sur les violences au XXe siècle.
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Politis : Dans l’introduction de l’Histoire comme champ de bataille, vous exposez votre méthode personnelle en tant qu’historien. Quelle est-elle ?
Enzo Traverso : Disons que c’est surtout l’introduction et la conclusion qui sont très personnelles. Non que je m’efface totalement dans les autres chapitres, mais j’applique cette méthode à différents sujets en me mettant moins en avant personnellement. Je suis surtout une sorte de témoin secondaire dans les débats historiographiques que j’essaie de reconstituer dans ce livre. J’ai voulu, en m’intéressant aux travaux de Hobsbawm, de Foucault, d’Agamben, à des historiens du fascisme ou de la Shoah, tenter de les replacer dans leur contexte afin de montrer ce que tous ces débats très différents partagent. Soit, à mes yeux, une Stimmung , comme on dit en allemand, une sensibilité de cette époque qui est la nôtre, qui est celle d’un tournant historique, d’une transition en ce changement de siècle. C’est pour cette raison que l’introduction est sans doute assez personnelle, dans le sens où j’essaie de me situer dans mon époque et, en même temps, avec un regard qui se veut celui d’un historien, de prendre un peu de distance, en cherchant à voir ce qui a changé par rapport à une époque antérieure – que j’ai vécue – où les sensibilités étaient bien différentes. Mon interrogation porte