Le mutisme des pères

Florence Dosse explore l’héritage et la « honte » des enfants des appelés en Algérie, qui n’ont rien dit de ce qu’ils avaient vécu là-bas.

Olivier Doubre  • 15 mars 2012 abonné·es

En octobre 1959, après déjà cinq années de guerre, l’Ifop réalise une enquête d’opinion auprès de 3 500 jeunes Français, tout juste « libérés » de leur service en Algérie. À la question « À votre avis, pourquoi la France se bat-elle en Algérie ? » , plus de 70 % se sont déclarés « sans opinion » . Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, cette réponse peut s’expliquer en partie par le refus de la France de nommer ce conflit. Celui-ci a été désigné de multiples façons, sans jamais comporter le mot « guerre » : « événements d’Algérie » , « opérations effectuées en Afrique du Nord » , expressions parfois accompagnées des mots « pacification » ou « maintien de l’ordre » . Ces intitulés traduisent ce qui fut, maintes fois repris depuis, une « guerre sans nom ».

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