La demi-victoire de Séralini

Bien que désavouée par deux nouveaux avis d’experts français, l’étude du biologiste provoque un trouble réel chez les scientifiques.

Patrick Piro  • 25 octobre 2012 abonné·es

L’onde Séralini n’a pas fini de perturber le milieu de la toxicologie. L’étude qu’il a publiée avec son équipe le 19 septembre dans la revue Food & Chemical Toxicology, et qui montre l’apparition de tumeurs chez des rats nourris pendant deux ans au maïs OGM NK603 traité à l’herbicide Roundup (produit de Monsanto), vient à nouveau d’être déjugée. Après l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), puis ses équivalents allemand, danois et néerlandais, et les six académies scientifiques françaises, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) et l’Agence de sécurité sanitaire française (Anses) soulignent les insuffisances de cette recherche dont les conclusions rendent l’OGM responsable des tumeurs. Pourtant, cet éreintement en règle n’apporte aucun élément nouveau aux critiques déjà formulées et, en partie, acceptées par Séralini (nombre insuffisant de rats testés, etc.). Ainsi, contrairement aux apparences, le biologiste marque des points. Tout d’abord, il n’est pas aussi isolé que cette rafale d’avis négatifs semble le suggérer. Plus de 150 scientifiques dans le monde lui ont apporté leur soutien. Ensuite, cette étude fait largement écho à la défiance de la population envers les OGM, technologie opaque, siège d’enjeux économiques considérables. Ce qu’une telle redondance de tirs de barrage d’experts [^2] semble confirmer, renforçant paradoxalement le statut de « bombe scientifique » de cette étude.

À ce titre, l’avis de l’Anses se distingue, et peut être considéré comme le plus honnête du lot. L’agence ne se contente pas de dérouler des critiques sur l’insuffisante puissance statistique de l’étude. Son comité d’expertise s’est donné la peine de passer au peigne fin la littérature scientifique pour y débusquer des travaux d’une portée similaire : seulement deux recherches de longue durée sur la toxicité alimentaire d’OGM, et il s’agissait de soja. Et rien sur le Roundup, dont n’a été testée que la molécule active (et pas le produit tel que commercialisé). La conclusion de l’Anses rend même hommage au « lanceur d’alerte »  : son initiative, « ambitieuse », mérite l’attention par « l’originalité des questions qu’elle soulève ». Et l’agence, suivie par le HCB, d’appeler au financement par les pouvoirs publics d’une recherche équivalente, comblant les lacunes de celle de Séralini (financée presque à la sauvette par des fonds privés). Le biologiste n’en attendait pas moins.

[^2]: Par ailleurs parfois peu représentatifs, voire critiqués pour leur partialité.

Écologie
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