Le long siècle d’Eric Hobsbawm

Décédé le 1er octobre, l’historien anglais, qui se voulait un « spectateur engagé », n’a jamais renié sa fidélité au marxisme.

Olivier Doubre  • 11 octobre 2012 abonné·es

Eric Hobsbawm aura vécu bien plus longtemps que ce qu’il a décrit comme le « court XXe siècle ». Le mot a d’ailleurs grandement contribué à sa renommée d’historien internationalement reconnu. N’en déplaise à Pierre Nora, qui avait refusé, fin 1996, de publier son livre le plus célèbre, l’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1994). Nora considérait que ce grand livre d’un historien qui n’a jamais renié sa fidélité au marxisme serait paru dans un « environnement intellectuel et historique peu favorable ». D’après lui, la France ayant été le pays « le plus profondément stalinisé », cet ouvrage aurait « accentué l’hostilité à tout ce qui, de près ou de loin, peut rappeler cet âge du philosoviétisme ou procommunisme de naguère, y compris le marxisme le plus ouvert [^2]   »  ! Pierre Nora préférait alors la charge d’anticommunisme primaire de son ami François Furet, le Passé d’une illusion …

Finalement traduit et publié en Belgique par les éditions Complexe, en 1999, grâce à une souscription lancée par le Monde diplomatique et à l’éditeur André Versaille, l’Âge des extrêmes est le livre qui fit connaître Eric Hobsbawm aux plus jeunes lecteurs et demeure l’un des plus impressionnants de son auteur, disparu le 1er octobre à Londres. L’ « écueil » idéologique avancé par Pierre Nora ne tenait donc pas – ni le risque d’échec commercial dû au coût de traduction (750 pages), avancé par le responsable de collection chez Gallimard et

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier
La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia
Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »
Entretien 27 avril 2026 abonné·es

Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »

En 2012, la sociologue refusait la Légion d’honneur pour dénoncer l’invisibilisation des enjeux de la santé au travail. Quatorze ans plus tard, pour elle, les leçons des précédents scandales sanitaires n’ont pas été tirées. Elle se félicite cependant que les victimes n’hésitent plus à parler.
Par Céline Martelet
Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre