Syrie, Russie : Mélenchon met les points sur les « i »

Jean-Luc Mélenchon a profité de ses vœux à la presse pour dénoncer « l’atlantisme » de la France et se positionner comme le « candidat non-aligné ».

Pauline Graulle  • 6 janvier 2017
Partager :
Syrie, Russie : Mélenchon met les points sur les « i »
© Photo : PHILIPPE LOPEZ / AFP

Une salle archi-comble, du punch et des personnalités (Pierre Laurent, Clémentine Autain, mais aussi Audrey Pulvar, Gérard Miller, François Ruffin, Pascal Boniface…). Les ingrédients étaient réunis pour une cérémonie de vœux réussie. Mais dans ce petit théâtre du 11e arrondissement, jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon n’était pas vraiment à la fête.

Après avoir eu une « pensée » pour les 3,5 millions de mal logés et les « 30 000 enfants sans toit » ainsi qu’une « pensée particulière » pour Cédric Herrou, contre lequel le procureur de Nice a requis mercredi huit mois de prison avec sursis pour avoir aidé des réfugiés, Jean-Luc Mélenchon est vite passé au sujet qui taraude, depuis plusieurs semaines, bon nombre de ses sympathisants : sa lecture de la guerre en Syrie et son soutien supposé à Vladimir Poutine.

Décidant de « dédier » sa prestation à « la cause la plus aigüe : la paix », Jean-Luc Mélenchon a profité de ses vœux pour s’expliquer, une bonne fois pour toutes, sur ses positions géopolitiques. « Ce qui compte, c’est le présent, pas le passé », a-t-il expliqué, sans doute en référence à plusieurs de ses précédents passages médiatiques controversés. « Quand il y a un conflit, si vous avez un point de vue extérieur, vous êtes aussitôt suspect d’ambiguïté », a-t-il regretté.

Pendant la demi-heure qu’a duré son discours, Jean-Luc Mélenchon n’a eu de cesse de fustiger « l’atlantisme, si puissant en France », qui consiste à penser que « la guerre est toujours bonne, du moment qu’elle est conduite par les États-Unis d’Amérique ». « Je suis si chagrin de voir mon pays, tant de ses intellectuels et de ses médias, entrer dans un atlantisme […] déplorable ».

Atmosphère belliqueuse

À la tribune, il a réaffirmé son désir que la France quitte l’OTAN s’il est élu président de la République (« La France doit cesser d’osciller au gré de ce que veulent, ou pas, les États-Unis d’Amérique »), mais aussi de « sortir des énergies carbonées » qui sont selon lui « causes de guerre au Moyen-Orient ». « Je sais bien que mes propos sont déformés […]. Il faudrait s’aligner, mais je ne m’alignerai pas. Je défends une politique non alignée », a-t-il martelé. Selon lui, la France n’a rien à voir avec « l’Occident » – en tant que bloc politique : « La France est une nation universaliste. Elle n’a rien à faire dans l’OTAN. »

Alors que les États-Unis viennent d’apporter des preuves selon lesquelles les Russes avaient interféré dans la campagne présidentielle américaine, le candidat de la France Insoumise a fustigé le « mensonge », la « propagande », qui fait passer la Russie pour « une menace pour la paix dans le monde ». « L’atmosphère belliqueuse actuelle [est] irrespirable [et] extrêmement dangereuse. […] Si nous voulons un monde de paix, il faut renoncer à des mentalités de guerre ». Or, a-t-il estimé, ce sont les États-Unis les fauteurs de troubles. Ainsi, le budget des États-Unis en matière de défense est « deux fois le budget [militaire] total de la Russie et de la Chine ».

Il faudrait donc, selon Jean-Luc Mélenchon, tout revoir des alliances actuelles. S’éloigner des États-Unis, se rapprocher de la Russie, « un partenaire quel que soit le régime en place ». Le candidat a même donné quitus à François Fillon, jugeant que « le Premier ministre du gouvernement qui [avait] intégré la France au commandement de l’OTAN » avait « du nez » : « On le dit maintenant pro-Russe : cette girouette-là a un coup d’avance sur les autres ».

Concernant la Syrie, Jean-Luc Mélenchon s’est félicité du dernier cessez-le-feu russe et a appelé, à l’instar de l’Onu, à un « règlement politique » du conflit passant par la tenue d’élections. Une perspective pour l’instant « utopique » a-t-il reconnu, mais « c’est au peuple syrien de décider du destin de son pays ».

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »
Entretien 13 juillet 2026 abonné·es

« L’extrême droite reste la principale menace des démocraties »

Marine Le Pen sera bien candidate à l’élection présidentielle de 2027. Et ce malgré sa condamnation en appel, le 7 juillet, pour détournement de fonds publics. Le politologue américain Steven Levitsky analyse son attitude face à la justice en la comparant avec celle d’autres populistes frappés par des affaires judiciaires dans le monde.
Par Juliette Heinzlef
« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant
Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos
Récit 10 juillet 2026 abonné·es

Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos

Les militants socialistes décident d’embarquer leur parti dans une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place publique. Selon ses détracteurs, le processus est taillé pour Raphaël Glucksmann. Olivier Faure est mis en minorité dans son propre parti.
Par Lucas Sarafian
Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée
Enquête 9 juillet 2026 abonné·es

Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée

À la frontière avec le Brésil, les habitants de Camopi vivent depuis des décennies sous l’emprise des chercheurs d’or clandestins. Alors que l’État revendique des opérations militaires régulières, les autorités coutumières dénoncent une protection insuffisante.
Par Tristan Dereuddre