Barbara Balzerani : Lune de sang

Dernière grande dirigeante des Brigades rouges, Barbara Balzerani a passé plus de vingt-cinq ans dans les prisons spéciales italiennes. Elle est devenue l’auteure de plusieurs récits autobiographiques, dont le premier vient d’être traduit en français.

Olivier Doubre  • 4 octobre 2017 abonné·es
Barbara Balzerani : Lune de sang
© photo : Myr Muratet

Au beau milieu des rigides années 1950, dans une Italie largement bigote (même si elle compte, depuis 1945, le plus important parti communiste d’Europe occidentale), une petite écolière passe un dimanche en famille dans un « village-sanctuaire » au sud de Rome, où a été construite une grande église. Après le déjeuner, une certaine agitation règne sur le parvis de la basilique, un homme de grande taille focalise toute l’attention. C’est Aldo Moro, alors jeune dirigeant de la Démocratie chrétienne (DC), déjà plusieurs fois ministre. Le père de la fillette lui ordonne alors de ne pas l’approcher : il vaut mieux « se tenir éloigné des puissants ». Près de vingt ans plus tard, vers 9 heures, dans un matin froid de janvier 1978, cette histoire revient soudain en mémoire à la jeune femme qu’est devenue Barbara Balzerani.

Aldo moro, rencontre fatale

Membre de la colonne romaine des Brigades rouges (BR), elle se trouve dans une église de Rome, à nouveau à quelques mètres de l’homme politique, président de la Démocratie chrétienne, le « parti-régime » au pouvoir sans interruption depuis la Libération. Quelques semaines plus tôt, un camarade a découvert par hasard que le fervent croyant Aldo Moro vient y prier chaque matin avant de rejoindre les bureaux du siège national du parti ou les travées du Parlement. Elle est chargée de l’observer, lui et les hommes de son escorte, faisant mine de prier, afin d’étudier si une action armée peut être organisée là sans prendre le risque de blesser un passant, précaution que les Brigades rouges se sont toujours imposée et ont toujours respectée. L’objectif est « de l’enlever et, par son intermédiaire, de faire le procès de la Démocratie

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Monde
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

« Mal élu, Keir Starmer n’a fait qu’une politique de droite agressive »
Entretien 29 juin 2026 abonné·es

« Mal élu, Keir Starmer n’a fait qu’une politique de droite agressive »

Thierry Labica, enseignant au département d’études anglophones de l’université de Nanterre, revient sur les causes de la démission du Premier ministre britannique, ses promesses trahies, sa grande impopularité, son action au sein du Labour pour chasser toute son aile gauche. Et dresse le portrait ambigu du travailliste Andy Burnham, son probable successeur.
Par Olivier Doubre
« Partir de Gaza a sauvé mon art »
Portrait 26 juin 2026 abonné·es

« Partir de Gaza a sauvé mon art »

Mohammed Hilles est un violoniste gazaoui de 26 ans. Il y a un peu plus d’un an, il a été évacué de l’enclave palestinienne pour poursuivre ses études et sa musique en France. L’exil pour continuer de jouer. Mais à quel prix ?
Par Charlotte Gauthier
« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie
Europe 26 juin 2026 abonné·es

« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie

Depuis la fin mai, le « pays des aigles » est en ébullition. Le mégaprojet touristique de la famille Trump sur une zone naturelle protégée est devenu le symbole de la dérive corrompue et autoritaire du régime d’Edi Rama. Mais pas seulement.
Par Simon Rico
Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer