Le Conseil national du numérique s’effrite face à la polémique

Le gouvernement a refusé d’avaliser la nomination de la militante Rokhaya Diallo souhaitée par la présidente du CNNum, Marie Ekeland. Celle-ci a choisi de claquer la porte.

Malika Butzbach  • 19 décembre 2017
Partager :
Le Conseil national du numérique s’effrite face à la polémique
photo : Marie Ekeland le 4 décembre à Berlin.
© Noam Galai / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images/AFP

Une semaine ! Le nouveau Conseil national du numérique (CNNum) n’aura pas tenu plus longtemps. Nommée le 11 décembre, sa présidente Marie Ekeland s’était retrouvée au centre d’une polémique. En cause ? Sa liste de nomination des membres du conseil. Ou, plus particulièrement, un nom qui y figurait : Rokhaya Diallo. La militante féministe et antiraciste avait été débarquée du CNNum mercredi 13 décembre après une violente cabale sur les réseaux sociaux et dans la presse. « Les réactions qui ont suivi cette nomination me font mesurer à quel point mon pari était osé et innovant, explique Marie Ekeland dans le communiqué annonçant son départ. À quel point, dans notre pays, nous ne voulons pas entendre des voix dissonantes. À quel point nous ne savons plus débattre sereinement de nos divergences de vue. […] Cela me peine de voir notre pays aussi loin des valeurs démocratiques qui sont les miennes. »

L’entrepreneure écarte cependant toute « prise de position politique du gouvernement » dans l’affaire. Une vingtaine de personnes nominées, soit les deux tiers du conseil, ont présenté collectivement leur démission le même jour.

La parole antiraciste censurée

L’affirmation de Marie Ekeland n’efface pas complètement le doute sur l’indépendance de ce conseil, dont la présidente est nommée par le Premier ministre. D’autant que Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique et anciennement à la tête du CNNum, avait demandé à Marie Ekeland de revoir sa copie. Sans évoquer le nom de Rokhaya Diallo, le secrétaire d’État au numérique avait estimé que le CNNum « a besoin de sérénité pour travailler » et que, au vu des récents échanges sur la composition, « ces conditions ne sont pas pleinement remplies ».

Nominations de @RokhayaDiallo et du rappeur #Axiom au Conseil national du numérique : alors que les Français exigent de leurs responsables politiques de la cohérence, je souhaite mettre la lumière sur plusieurs contradictions d’@EPhilippePM pic.twitter.com/0YsMOd9ZFw— Valérie Boyer (@valerieboyer13) 13 décembre 2017

Difficile de ne pas voir le lien avec les nombreux tweets s’indignant de la nomination de Rokhaya Diallo. On reproche à la militante ses positions sur le voile, et sa dénonciation du racisme d’État. Elle avait d’ailleurs encouragé Jean-Michel Blanquer à porter plainte contre elle pour l’usage de cette expression.

Une indépendance très relative

Pourtant, Mounir Mahjoubi était présent au côté de Marie Ekeland lorsque celle-ci avait annoncé la composition de son conseil en conférence de presse. Fierté de présenter une équipe inédite « intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement » ? Sans doute, mais le rétropédalage n’en est que plus visible.

Le secrétaire d’État explique dans Le Figaro qu’« après cette nomination, tout le monde a oublié le CNNum et ce qu’il était censé faire. Le débat s’est porté sur d’autres sujets. Cela l’a rendu inaudible et incapable de travailler sur ses missions »._ Répondant à la question de l’indépendance de l’institution, mentionnée comme telle dans le décret 2017-1677, il estime que « Le CNNum doit être proche du gouvernement pour nous orienter, et le gouvernement lui fait confiance sur ces sujets. Ce n’est pas une force d’opposition, même si conseiller peut signifier dire quand ça ne va pas. C’est cet équilibre qui a été cassé. » L ‘indépendance dans la dépendance donc. Gageons que, pour rétablir cet équilibre, les futurs membres du conseil seront davantage consensuels.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Un Palestinien privé de statut de réfugié après des accusations qui auraient été fournies par Israël

Actuellement en détention provisoire, Ali s’est vu retirer son statut de réfugié en février 2025. Une procédure faisant suite à une note blanche de la DGSI transmise à l’Ofpra, et qui aurait été alimentée par les autorités israéliennes.
Par Pauline Migevant
« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »
Entretien 1 avril 2026

« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »

Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse française. Xavier Renault, psychologue clinicien et expert judiciaire, se penche sur l’attrait exercé par l’État islamique.
Par Céline Martelet
Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Viols, tortures, séquestrations : l’autre face du djihad enfin révélée

À l’instar de Peter Chérif, condamné à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre Charlie Hebdo, plusieurs figures du terrorisme français ont violé, agressé, humilié des femmes. La justice commence à s’emparer de ces affaires.
Par Céline Martelet
2027 : du centre à l’extrême droite, l’instinct primaire
Analyse 1 avril 2026 abonné·es

2027 : du centre à l’extrême droite, l’instinct primaire

L’idée d’une primaire de la droite et du bloc central pour 2027 émerge dans les esprits. Mais encore faut-il se mettre d’accord sur le périmètre de cet hypothétique processus, entre ceux qui souhaitent l’élargir à Sarah Knafo et ceux qui ne veulent pas encore s’enliser dans les accords d’appareils.
Par Alix Garcia