Amalmy Kanouté : « Emmanuel Macron a méprisé une partie de la population »

Membre du Comité Adama, Amalmy Kanouté revient sur les récentes manifestations contre les violences policières et le racisme.

Romain Haillard  • 17 juin 2020
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Amalmy Kanouté : « Emmanuel Macron a méprisé une partie de la population »
© Photo : Jerome Gilles/NurPhoto via AFP

Manifestation interdite par la préfecture de police de Paris le 13 juin, surdité et mutisme d’Emmanuel Macron, colère des policiers… Depuis le 2 juin, le Comité Adama a provoqué une lame de fond contre les violences policières et le racisme. Quatre questions à l’un de ses membres, Amalmy Kanouté.

Quelle leçon tirer après la mobilisation du 13 juin ?

Amalmy Kanouté : Qu’il est temps de désobéir. L’interdiction de manifester arrêtée par le préfet de police de Paris est un appel à défier les règles, légitimement. Mais si nous n’avons pas pu défiler, nous ne gardons que du positif. La jeunesse présente lors des mobilisations du 2 juin au tribunal de grande instance de Paris et partout en France, nous l’avons retrouvée aussi le 13 juin. Le Comité Adama représente la société civile et ouvre un front face au système. Nous proposons une alternative, un nouveau format, face à des responsables qui incarnent l’irresponsabilité absolue.

Lors de son allocution du 14 juin, Emmanuel Macron a mis en garde contre un antiracisme dévoyé par le « communautarisme » et la récupération de ce combat par des « séparatistes ». Qu’en pensez-vous ?

Il dissocie l’antisémitisme du racisme, voilà un séparatisme. Il voulait le pointer du doigt, mais par ces mots, il en a fait une démonstration. Pour le reste, nous ne nous attendions pas à grand-chose. Il a tenté de noyer le poisson avec sa critique du communautarisme. Mais à regarder les manifestants de ce week-end, leur diversité fait un pied de nez à ces accusations.

Emmanuel Macron ne semble pas avoir pris acte de la colère exprimée le 2 et le 13 juin. Comment l’interprétez-vous ?

Malgré le succès de la mobilisation, le gouvernement ne veut pas assumer notre légitimité et notre capacité à mobiliser autant de monde, autant que les syndicats ou les partis politiques. C’est bien dommage pour un président arrivé avec l’idée d’amener un nouveau souffle. Il n’admet pas l’existence de nouvelles paroles et conserve les vieilles recettes. Les gens ne sont pas dupes. Quand une organisation n’a pas de lien direct avec les institutions ou n’est pas contenue par celles-ci, alors elle devient dangereuse pour le pouvoir. Il n’a pas prêté l’oreille au mouvement contre les violences policières et le racisme. S’il préfère entendre les revendications des fonctionnaires de police, alors nous pouvons remettre en question sa capacité à représenter tous les Français. Dimanche soir, il a méprisé une partie de la population.

Après son discours, des policiers ont manifesté au Trocadéro à Paris – comme dans de nombreuses autres villes ces derniers jours. De quel œil voyez-vous ces mobilisations ?

J’ai trouvé ça ridicule. Lundi matin sur France Inter, Sibeth Ndiaye a laissé entendre que le Comité Adama serait « manipulé » et « récupéré ». Nous pouvons avoir la même lecture de la mobilisation des syndicats policiers. Ils manipulent et récupèrent les forces de l’ordre. Ces organisations font de la politique et mettent la pression sur le gouvernement, malgré le peu de personnes présentes à leurs rassemblements. Nous le répétons : s’il existe de bons policiers, alors jetez vos menottes, déposez vos armes, rejoignez-nous.

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