Ces intellectuels en guerre contre « l’intersectionnalité »

Dans un essai polémique, le sociologue Stéphane Beaud et l’historien Gérard Noiriel fustigent un supposé « tournant identitaire » dans les classes sociales. Où la race écraserait désormais le critère de classe. Un ouvrage fourre-tout salué par les réactionnaires de tous bords…

Olivier Doubre  • 24 février 2021 abonné·es
Ces intellectuels en guerre contre « l’intersectionnalité »
© Jasper White / Image Source / Image Source via AFP

C’est bien un comble que la droite, voire la droite extrême, se retrouve à saluer la publication d’un ouvrage, écrit par deux éminents chercheurs classés à gauche, louant les classes sociales comme la variable explicative principale de notre réalité sociale. Il peut paraître en effet paradoxal de voir un certain engouement à son endroit de la part d’intervenants parmi les plus réactionnaires dans le (plutôt indigent) débat d’idées qui est le nôtre aujourd’hui. De Valeurs actuelles à la très catholique Eugénie Bastié, du Figaro jusqu’à la « gauche de droite » du Printemps « républicain » emmené par Laurent Bouvet, tous ont approuvé cet ouvrage dénonçant « l’effacement de la question des classes au profit de la question de la race » et « la racialisation du discours public », symptôme, selon ses auteurs, d’une « dommageable américanisation de la vie publique ».

Il ne nous viendrait certes pas à l’esprit de minimiser l’importance fondamentale du concept de classe. Mais on assiste aujourd’hui à sa promotion (opportuniste) par ceux qui auraient dû a priori en être les contempteurs (par réflexe de classe justement, comme au Figaro, trop heureux d’en faire usage contre la gauche) pour dénier la réalité d’autres formes de domination, qu’elles soient relatives au genre, à l’origine ethno-raciale, générationnelle, professionnelle, à l’appartenance institutionnelle, etc.

La polémique autour de ce Race et sciences sociales, du sociologue Stéphane Beaud et de l’historien Gérard Noiriel (1), ne cesse d’enfler (au sein de la gauche également) ces dernières semaines. Auteurs de nombreux ouvrages de bonne tenue, tant sur la sociologie et l’histoire ouvrières (du XIXe siècle aux Peugeot de Sochaux-Montbéliard dans les années 1980) que sur l’histoire des immigrations, du racisme et de l’antisémitisme, les deux chercheurs s’essaient ici (sous un titre un brin écrasant, digne d’un véritable traité) à

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