Journal de Cannes (1)
Article paru
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Mercredi 16 mai
My Blueberry Nights, de Wong Kar Wai
Grosse affluence, ce matin, pour le Wong Kar Wai, My Blueberry Nights , qui, bizarrement, n'était pas projeté dans le théâtre Lumière (la plus grande salle du palais des festivals). J'ai été l'un des derniers à passer (ouf !), mais j'ai vu le film (qui était déjà lancé quand je suis arrivé) assis dans un couloir.
À la sortie, quelqu'un me demande : « Tu n'as pas trouvé le film trop léger ? » Je suis un peu désarçonné. Je conçois pourquoi on peut être amené à le qualifier de « léger ». My Blueberry Nights raconte des histoires de désamour, de séparation et de naissance d'idylle. La détresse qu'on y voit n'est pas due à la misère du monde. C'est celle des sentiments, qui peut être tout aussi violente.
Alors, léger, non. Mais ce que j'ai vu dans My Blueberry Nights , le premier film tourné aux États-Unis par le cinéaste hong-kongais, est plus gênant. Depuis In the Mood for Love , il y a un style Wong Kar Wai, fait de ralentis chorégraphiques, de travellings doux comme une robe en soie, et de couleurs composées qui entrent dans le cadre avec un goût très sûr. Ici, il nappe ses images avec une musique originale de Ry Cooder (comme dans Paris Texas , de Wim Wenders) et des extraits du dernier Cat Power (c'est classe). Les couleurs, les éclairages font souvent penser aux tableaux d'Edward Hopper (comme dans tellement d'autres films...). Bref, la mise en plis est parfaite. Rien ne dépasse. Mais, sur le plan de l'émotion artistique, My Blueberry Nights s'apparente davantage aux romances policées (et calibrées) de Norah Jones que Wong Kar Wai a embauchée pour interpréter son premier rôle féminin qu'aux breaks sauvages de John Coltrane. Passer ainsi près de deux heures avec lui, même assis à la dure, n'est pas désagréable. Mais pas très passionnant non plus.
Bref, au risque de choquer ses admirateurs, je trouve que le maniérisme récurrent de Wong Kar Wai finit par confiner à l'académisme. Il y a dix ans, Happy Together , également présenté en compétition officielle, était un film plus libre, plus ouvert.
Jeudi 17 mai
4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu/Le Voyage du ballon rouge, de Hou Hsiao Hsien
La compétition officielle commence sérieux-sérieux. Après My Blueberry Nights , loin des schtroumpferies habituelles en ouverture du festival,
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