« Le discours sur l’amnistie est inaudible aujourd’hui »

Avec plusieurs chercheurs, l’historienne Sophie Wahnich montre comment les institutions de clémence sont de plus en plus délégitimées à mesure qu’on se rapproche de la période contemporaine.

Olivier Doubre  • 28 juin 2007 abonné·es

L'ouvrage collectif que vous venez de diriger montre que l'amnistie et, plus largement, les institutions de clémence sont aujourd'hui très discréditées dans le débat public français.

Sophie Wahnich : Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dans cette évolution. Après l'amnistie de la Collaboration, puis de la torture en Algérie et des généraux félons du putsch d'Alger en 1961, la gauche a considéré l'amnistie de plus en plus négativement : cette institution lui paraît servir à réhabiliter des gens qui ne devraient pas l'être, car ils ont participé à des crimes contre l'humanité. C'est un premier point. Ensuite, un sentiment assez diffus s'exprime, depuis 1990, par rapport à ce qui a été considéré comme une auto-amnistie des politiques concernant les affaires de financement des partis. En 1981 et un peu moins en 1988, les socialistes ont amnistié relativement largement des actions politiques violentes, notamment celles des groupes armés corses, bretons, basques, ou d'Action directe. Ils espéraient, en effet, profiter de la même logique symbolique que celle des républicains avec l'amnistie des Communards. Or, en 1981, ce ne sont pas les militants qui réclamaient l'amnistie, mais leurs avocats. Il s'est agi

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 6 minutes

Pour aller plus loin…

Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »
Entretien 13 mai 2026 abonné·es

Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »

Le maire de Saint-Denis, élu au premier tour des dernières municipales, figure montante de La France insoumise, revient sur les orientations qu’il souhaite donner à son mandat : répondre aux urgences quotidiennes et donner la priorité à la jeunesse. L’édile dyonisien place la mobilisation des quartiers populaires au cœur de la stratégie insoumise. 
Par Kamélia Ouaïssa et Alix Garcia
Une bonne solution : l’autogestion !
Idées 7 mai 2026 abonné·es

Une bonne solution : l’autogestion !

L’économiste Guillaume Etiévant s’emploie à montrer qu’une sortie démocratique du capitalisme est possible. Les entreprises, et toute l’économie, seraient prises en main par les travailleurs eux-mêmes, au nom de l’intérêt de toutes et tous.
Par Olivier Doubre
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier