1980, glaciale décennie
« Les Années d’hiver », recueil d’interventions politiques et philosophiques de Félix Guattari écrites durant la première moitié des années 1980, est réédité. Des textes étonnamment actuels.
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Il n’était pas drôle d’être un jeune de gauche durant les années 1980. En plus du chômage et de « la crise », court vocable qui résumait alors les difficultés économiques de l’époque, le gouvernement Mauroy opérait rapidement son fameux « tournant de la rigueur », dénommant ainsi la mise en œuvre d’un néolibéralisme monétariste, présenté comme la « seule » politique possible. Le temps n’était plus à la contestation, et l’on était prié d’adhérer à cette prétendue « modernité » faite de compétitivité et d’argent-roi. Si le jeune de gauche restait néanmoins critique et ne partageait pas ce nouvel engouement pour le marché, il était aussitôt traité de « ringard », autre vocable qui fit son apparition à l’époque. Et s’il rêvait de révolution et d’expériences novatrices, on lui rappelait prestement que la génération de ses parents avait, elle, « fait 68 »… Libération , le journal emblématique de ces vaillants « soixanthuitards » – en train, pour nombre d’entre eux, de s’inscrire au Rotary Club, comme le dénonçait Guy Hocquenghem –, multipliait ainsi les dossiers collectors sur les temps bénis – mais qu’il s’agissait de considérer comme bel et bien terminés – du flower power et des barricades au Quartier latin, sur fond de Jimi Hendrix et de libération sexuelle. Le jeune de gauche serait bien en peine d’essayer de faire mieux ! Et pourtant, cela avait bien commencé. Mitterrand accédant à la présidence de la République en mai 1981, l’air du temps