Les Gérards de la Politique ou « le néant du politiquement correct » à l’honneur

Une vingtaine de personnalités politiques françaises ont vu leurs dérives et leurs bévues récompensées par un parpaing d’or mardi soir, au cours de la cérémonie caustique des « Gerards de la Politique », à Paris. Parodie de la cérémonie des Césars, elle sera retransmise ce soir à 00h15 sur la chaîne Paris Première. Politis.fr était à la remise des prix.

Lucie Girardot  • 13 mai 2011
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Les Gérards de la Politique ou « le néant du politiquement correct » à l’honneur

Parmi les membres du gouvernement, Claude Guéant s’est distingué avec le « Gérard du politique qui va enfin nous débarrasser des bamboulas, des métèques, des romanos, des chinetoques, des boucheries Hallal, de la Halde, du MRAP et de Yannick Noah ». Pour son admirable « Casse toi pauv’ con », Nicolas Sarkozy a remporté le « Gérard de la petite phrase qui les suivra jusqu’à la tombe » . La compétition était rude, entre la « bravitude » de Ségolène Royal, la « fellation » de Rachida Dati, et l’ « Au revoir » de Valéry Giscard d’Estaing. Mais c’est Fédéric Lefèbvre qui est sorti grand vainqueur de la soirée, primé à deux reprises au titre du « Simplet dont on frémit à la pensée qu’il ait des responsabilités » et du « Gérard du ministre qui lèche le plus les bottes de son président (et quand on dit les bottes, c’est pour rester poli) » pour sa phrase: «  Nicolas Sarkozy a un tort, c’est qu’il a raison trop tôt » .

La gauche n’a pas été épargnée non plus. Dans le « Gérard du mec de gauche qui a trimé vingt ans pour se constituer un capital sympathie qu’il a niqué en vingt secondes en acceptant de bosser avec Sarkozy » : Bernard Kouchner. Pour sa phrase «  On aura tous une allocation à la naissance, le revenu universel » , Cécile Duflot a reçu le « Gerard de l’idée de programme griffonnée sur un coin de nappe en papier ». Et dans le rôle du « Gerard de la minorité visible qui le ne sera pas restée très longtemps (visible) » : Ali Soumaré, tête de liste du PS dans le Val-d’Oise pour les régionales de 2010.

Certes, une bonne partie du spectacle repose sur des provocations légères, explorant les ressources d’un comique facile autour de la vie privée des politiques et leurs noms de famille tarabiscotés, ne lésinant pas non plus sur les allusions sexuelles ou sexistes (ainsi du « Gerard de la femme politique que quand tu la voies, t’as pas envie de lui mettre ton bulletin dans l’urne » remis à Nadine Morano et Fadela Amara). Mais il n’en a pas moins le mérite de pointer quelques thèmes sensibles de la vie politique comme les dérives identitaires et racistes, la montée de l’abstention ou la confusion des frontières entre la droite et la gauche de gouvernement. Le traitement médiatique de l’actualité est aussi passé au peigne fin d’un humour fait de savoureux jeux de mots, effets d’échos et procédés d’accumulation. Sous les rires des spectateurs galvanisés, les nominations s’entrecoupent de sketchs et autres parodies d’émissions télévisées : flash-infos retardés par les interminables coupures de liaisons avec le correspondant-reporter Eric Brunet, ou encore des « quizz » ( « Pour gagner un écran Guéant, livré et installé par notre partenaire Rachida Darty »), qui rappellent les précédents spectacles de la franchise des Gérards (Les Gerards de la TV et les Gerards du Cinéma).

Bref, un show mi-people, mi-engagé, né de l’idée de «  trois branleurs  », « au coin de table d’un bistrot  », dans la seule perspective de s’amuser du «  troisième sujet dont les Français parlent à table  », confie Arnaud Demanche, l’un des trois auteurs et humoristes en herbe du spectacle. Un concept qui « a fait marrer tous les politiques sous le manteau… jusqu’à ce qu’il voient leur noms ou ceux de leurs copains dans la liste des nominés ! Lorsqu’ils se sont rencontrés ensuite, ils se sont tous indignés! » . Pour preuve, aucun n’est venu chercher son prix…

Médias
Temps de lecture : 3 minutes
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