Le PCF est mort. Vive le PCF !

Au terme d’une élection présidentielle où le Front de gauche a franchi les 11 %, le PCF affiche son renouveau.

Pauline Graulle  • 11 novembre 2012
Partager :
Le PCF est mort. Vive le PCF !
© Photo : AFP / Bertrand Langlois

« Ni fleur, ni couronne ». Ainsi s’achevait le vrai-faux faire-part de décès envoyé au lendemain de la Toussaint par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, pour inviter les journalistes à « enterrer l’enterrement du Parti communiste français né à Tours le 30 décembre 1920 » . Les « Rouges » qui font de l’humour noir… Manière de donner un petit coup de jeune à l’image du parti de Maurice Thorez qui accueillait, samedi, ses nouveaux adhérents à son siège parisien, Place du Colonel-Fabien. But de l’opération, voulue très médiatique : montrer le « mouvement de renaissance qui est le nôtre en ce moment » , a insisté Pierre Laurent. Bref, le PCF n’est pas mort, il fait juste sa mue…

« Vous connaissez la série NCIS ? »

Dans la scintillante salle de réunion futuriste, sous la coupole blanche d’Oscar Niemeyer, 400 nouvelles têtes. Têtes Blondes, grises ou crépues… En tout, 6 500 nouveaux ont pris leur carte depuis le début de l’année, indique le parti. Qui, cette année plus qu’à l’ordinaire, a souhaité faire bon accueil à la « nouvelle génération » .

« On a voulu organiser cette rencontre parce que c’est assez difficile de se faire des amis dans un groupe où les gens se connaissent depuis longtemps… Il y a des anciens qui n’étaient pas trop d’accord, qui ont dit « ce n’est pas dans la tradition »… » , explique la truculente « animatrice » de la matinée. Une femme pleine de peps, qui a adhéré à la section du Blanc-Mesnil en février, et qui ne manque ni de prestance ni d’humour pour faire passer le micro dans l’assemblée : « Nous, je nous appelle les « McGill » vous connaissez la série NCIS ? Eh bien on est comme le héros, on est des « bleus » ! » Éclat de rire général.

Les Anciens et les modernes…

Un « tour de table » de deux heures pour se présenter, et expliquer le « pourquoi » de son militantisme. Pourquoi Patrick, pourtant petit-fils du chauffeur de Maurice Thorez et petit-neveu de la secrétaire de Georges Marchais, a-t-il attendu quarante années passées dans le syndicalisme pour franchir le pas ? « Je suis venu au PCF car il a changé de vue, il n’est plus le parti stalinien qu’il était » , avance ce militant de Bobigny. Alexis, 30 ans, « issu d’une famille communiste depuis deux générations » , a décidé de faire un trait sur ses « mauvaises expériences avec des anciens de Toulouse » , et loue désormais la « sacrée évolution dans la mentalité globale du parti communiste » .

Si on ne regrette pas la ligne raide du communisme d’antan, la ligne molle de Robert Hue en prend aussi pour son grade. Il faut savoir « rester unis » , même quand la ligne officielle n’est pas toujours à son goût, tempère Pierre Laurent. Et de rejeter dos à dos « le communisme autoritaire qui annihile les forces créatrices » et « le compromis social-démocrate qui n’est rien d’autre qu’un pistolet à bouchon face à une meute de loups » .

Bien entendu, la campagne réussie de Jean-Luc Mélenchon – absent de la journée – a bien souvent réveillé les consciences. Alexandre, « jeune adhérent endormi » a retrouvé l’envie grâce au « cadre plus souple » permis par le Front de gauche. « Monsieur Mélenchon, sa manière de parler, le fait qu’il n’ait pas peur… C’est lui qui m’a fait découvrir la politique » , confie en aparté, avec son accent du Congo Brazzaville, cette petite femme discrète, travaillant en maison de retraite, qui n’a pas pu voter en mai faute d’être naturalisée.

Vers le prochain congrès…

Mais le phénomène Mélenchon n’explique pas tout. « J’ai adhéré au PC, pas au Front de gauche » , précise ainsi un intervenant qui milite « pour l’expropriation ». « En tant que communistes, nous avons une identité forte à défendre, ajoute Pierre, une grille de lecture qui s’appelle le marxisme ». « Il n’y a pas à se cacher d’être communiste ! » , renchérit un autre. Pas question pour Pierre Laurent de laisser se dessiner la moindre fissure dans la belle union affichée entre le PCF et le Parti de gauche : « Je l’ai déjà écrit dans mes livres : entre le PCF et le Front de gauche, pas besoin de choisir ! »

Au PCF du XXIe siècle, on n’hésite plus à plaisanter sur la lecture rébarbative des textes fondateurs du parti. Pourquoi ne pas tout bonnement les refonder ? Pierre Laurent, qui évoque les réseaux sociaux et la « révolution informationnelle » , enchaîne sur son projet d’encourager des prises de décisions plus « collaboratives » et « le besoin de se confronter sur des lignes différentes » . Une feuille de route pour le prochain congrès organisé début février 2013, dont Pierre Laurent a promis qu’il serait… « rockn’roll » .

Politique
Temps de lecture : 4 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Le PS doit retrouver une colonne vertébrale pour peser à gauche »
Entretien 3 avril 2026 abonné·es

« Le PS doit retrouver une colonne vertébrale pour peser à gauche »

Poitiers, Vaulx-en-Velin, Bègles… Trois gauches, trois défaites. Dans ce dossier spécial, les candidats perdants analysent leur échec et en tirent les leçons. Ici, la socialiste et maire sortante Hélène Geoffroy critique la stratégie d’opposition de la France insoumise, et regrette que le PS n’ait « rien produit » dans l’opposition face à Emmanuel Macron.
Par Alix Garcia
« On a été pris au piège de tirs croisés entre Place publique, le PS et LFI »
Entretien 3 avril 2026 abonné·es

« On a été pris au piège de tirs croisés entre Place publique, le PS et LFI »

Poitiers, Vaulx-en-Velin, Bègles… Trois gauches, trois défaites. Dans ce dossier spécial, les candidats perdants analysent leur échec et en tirent les leçons. Ici, Léonore Moncond’Huy, maire écologiste élue en 2020, critique le climat de division à gauche.
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian
La gauche sur le divan : trois défaites, une impasse
Parti pris 3 avril 2026

La gauche sur le divan : trois défaites, une impasse

À un an de la présidentielle, la gauche donne le spectacle paradoxal d’un camp qui analyse ses défaites en ordre dispersé. Insoumis, écologistes, socialistes : chacun raconte son échec, pointe les fautes des autres, et défend sa ligne sans jamais vraiment trancher la question centrale : comment gagner ensemble ?
Par Pierre Jacquemain
« On passe plus de temps à taper sur le PS que sur la droite et l’extrême droite »
Entretien 2 avril 2026 abonné·es

« On passe plus de temps à taper sur le PS que sur la droite et l’extrême droite »

Poitiers, Vaulx-en-Velin, Bègles… Trois gauches, trois défaites. Dans ce dossier spécial, les candidats perdants analysent leur échec et en tirent les leçons. Ici, Loïc Prud’homme, député insoumis de Gironde et candidat à Bègles, prend ses distances avec son mouvement.
Par Lucas Sarafian