Jeunesse populaire et racisée : le procès permanent
À chaque épisode de violences urbaines, le même réflexe : transformer une partie de la jeunesse française en problème collectif. Les commentaires indignés sur les célébrations du PSG dessinent une stigmatisation récurrente des jeunes des quartiers populaires : un racisme qui ne dit pas son nom.
dans l’hebdo N° 1917 Acheter ce numéro

© Maxime Sirvins
À la suite des violences qui ont accompagné les célébrations de la victoire du PSG le 30 mai, un scénario bien connu s’est une nouvelle fois imposé dans le débat public. Pendant plusieurs jours, les plateaux de télévision, les éditorialistes et une partie de la classe politique ont condamné d’une seule voix la jeunesse populaire, souvent racisée, présentée comme un problème en soi. Lorsque Jordan Bardella, dès lundi sur BFM, affirme qu’« il n’y a plus aucune manifestation populaire qui peut se passer sans violences », il ne décrit pas seulement des faits. Il désigne implicitement des coupables.
Les jeunes des quartiers populaires, souvent issus de l’immigration, sont devenus au fil des années les suspects habituels du débat public.
Car chacun comprend de qui l’on parle : les jeunes des quartiers populaires, souvent issus de l’immigration, devenus au fil des années les suspects habituels du débat public. Cette mécanique est désormais bien rodée. En pleine canicule, quelques images de jeunes ouvrant des bouches d’incendie tournent en boucle. Un phénomène viral comme « Master Poulet » devient le symbole supposé d’une jeunesse sans repères. Après une victoire sportive, quelques dizaines de casseurs suffisent à résumer des centaines de milliers de personnes venues simplement faire la fête. À chaque fois, une minorité sert à raconter toute une génération.
Le plus frappant est que cette logique ne s’applique pas à tout le monde. Quand des fêtes étudiantes ou des fêtes populaires, à l’instar des « férias », donnent lieu à des violences en tous genres et singulièrement à des agressions sexuelles, personne n’explique qu’il existerait un problème propre à la jeunesse blanche ou aux étudiants. Quand des agriculteurs déversent du fumier devant des préfectures ou incendient des bâtiments publics, personne n’en conclut que le monde rural serait intrinsèquement violent. Quand des policiers commettent des violences illégitimes, on rappelle, à juste titre, qu’il ne faut pas généraliser à l’ensemble de l’institution.
Reflet supposé
Mais lorsqu’il s’agit des jeunes des quartiers populaires, cette prudence disparaît. Les actes de quelques-uns deviennent rapidement le reflet supposé d’un groupe entier. On ne parle plus seulement de délinquants ou de casseurs, mais d’une population, d’une culture, parfois même d’une origine. C’est ainsi qu’un problème social est transformé en problème identitaire. Les difficultés économiques, les discriminations à l’embauche, la ségrégation territoriale, les contrôles au faciès ou le recul des services publics passent au second plan. À leur place apparaît une explication beaucoup plus simple : ces jeunes seraient eux-mêmes la cause du problème.
Aucun pays ne grandit en faisant d’une partie de ses enfants le bouc émissaire permanent de ses propres difficultés.
La question n’est évidemment pas de nier les violences ni de les excuser. Elles existent et doivent être combattues. Mais il faut s’interroger sur le traitement qui leur est réservé. Pourquoi certaines violences sont-elles analysées à travers leurs causes sociales, culturelles ou institutionnelles, tandis que d’autres sont rapidement interprétées comme la conséquence de l’identité même de ceux qui les commettent ?
Au fond, cette séquence dit sans doute moins de la jeunesse des quartiers populaires que de notre société elle-même. Et du racisme ambiant. Car la stigmatisation de cette jeunesse est devenue un réflexe médiatique et politique presque banal. À force de la montrer comme une menace, on finit par oublier qu’elle est avant tout une partie de la jeunesse française. Et qu’aucun pays ne grandit en faisant d’une partie de ses enfants le bouc émissaire permanent de ses propres difficultés.
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