Parutions de la semaine

Politis  • 25 avril 2013
Partager :

Un Autre Maroc

Abdellatif Laâbi, La Différence, 142 p., 15 euros.

Poète, romancier, intellectuel engagé, et qui a payé son engagement de dix ans de prison dans les geôles d’Hassan II, Abdellatif Laâbi nous livre une réflexion ardente et dynamique sur son pays. Le titre de l’ouvrage dit déjà beaucoup : Un autre Maroc. Ni rêve utopiste ni soumission au principe de réalité, le livre de Laâbi correspond assez bien à une formule empruntée à son ami Abdeljebbar Shimi : arracher « le possible de l’impossible ». Laâbi laisse le désespoir « à ceux qui en ont fait un commerce » et se tourne résolument « vers la réalité présente, sa calamité et ses paradoxes ». C’est tout l’intérêt de ce regard contrasté sur le Maroc qui est aussi un plaidoyer pour la liberté de conscience et pour une laïcité qui ne doit pas être une « hostilité déclarée aux croyances et pratiques religieuses ».

Un siècle d’espoir et d’horreur

Une histoire populaire du XXe siècle

Chris Harman, traduit de l’anglais par Jean-Marie Guerlin, La Découverte, 352 p., 12 euros.

En 2011 était parue, à La Découverte, la monumentale Histoire populaire de l’humanité. De l’âge de pierre au nouveau millénaire, de Chris Harman, écrivain marxiste britannique disparu en 2009. Un livre qualifié par Howard Zinn, l’auteur de la célèbre Histoire populaire des États-Unis, d’unique équivalent de son œuvre mais à l’échelle de la planète. Tentative réussie d’une histoire « par en bas » se mettant au niveau des « vaincus de l’histoire » chers à Walter Benjamin, ou plus précisément des « délaissé-e-s de l’histoire “officielle” », ce travail de Chris Harman témoigne d’abord de la certitude de son auteur qu’aujourd’hui encore ceux-ci conservent toutes leurs « potentialités révolutionnaires ». Son éditeur français a choisi ici d’en rééditer à part l’ultime partie consacrée au XXe siècle, entre espoir de changer le monde et horreur de la violence de masse. Un ouvrage considérable à tous points de vue.

Benchmarking

L’État sous pression statistique

Isabelle Bruno et Emmanuel Didier, La Découverte/Zones, 216 p., 18 euros.

Derrière ces fléaux du secteur public que sont le suicide des fonctionnaires et la déshumanisation de l’administration, il y a la stratégie du benchmarking  : un instrument « de domination qui consomme la liberté, la créativité, la subjectivité » et qui «   ne connaît pas de frontières ». Les chercheurs en politique sociale Isabelle Bruno et Emmanuel Didier démontrent comment, appliquée à l’État, cette procédure managériale asphyxie les secteurs sociaux sous le diktat de la compétitivité, de la performance et du résultat.

Idées
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain
Analyse 24 juillet 2026 abonné·es

Ce que l’intelligence artificielle fait au langage humain

Les grands modèles de langage produisent des textes toujours plus convaincants à mesure que nous les entraînons. Une puissance d’imitation qui conduit à réinterroger les critères qui fondent la valeur du langage et ce qui fait sa créativité.
Par Juliette Heinzlef
« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »
Entretien 24 juillet 2026 abonné·es

« L’IA générative crée une aliénation langagière et idéologique »

Le linguiste François Rastier observe les effets des chatbots sur les humains. Chute de la diversité linguistique, risque populiste, amplification de la désinformation… Il déplore l’absence de cadrage juridique et appelle à promouvoir le « fait humain », comme on le fait par exemple pour le bio.
Par Juliette Heinzlef
Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie
Analyse 23 juillet 2026 abonné·es

Le jeu vidéo, une bonne partie d’utopie

Qu’il s’agisse de collecter les déchets d’une nature postapocalyptique ou d’incarner un agent de douane dans une dictature fictive, l’espace vidéoludique s’apparente, au-delà du divertissement, à un terrain d’expérimentation politique.
Par Juliette Heinzlef
Zidane, sociologie d’un génie
Essai 22 juillet 2026

Zidane, sociologie d’un génie

Stéphane Beaud a choisi le footballeur – sélectionneur pressenti de l’équipe de France masculine de football – comme objet d’étude, depuis ses origines familiales immigrées jusqu’à cette figure de prodige du ballon rond.  
Par Olivier Doubre