Adopter un ours

Christine Tréguier  • 4 septembre 2013
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Le 21 août, touristes et habitants d’Amsterdam ont pu voir une étrange barge remonter les canaux et venir accoster devant le zoo. Décorée de ballons blancs et bleus, elle contenait un volumineux paquet enrubanné. Après un bref discours officiel, Timur Grigolyuk, directeur de Polar Partners, filiale de la Royal Dutch Shell et Gazprom, en a dévoilé le contenu au public médusé. Sous le papier, une cage contenant un ours polaire, baptisé Petrov, offert par le géant gazier russe au zoo d’Amsterdam. Objectif de cette opération de communication peu banale : célébrer les nouveaux accords de partenariat signés en avril entre Shell et Gazprom pour l’exploration de gisements pétroliers dans les eaux arctiques russes. 

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Renseignements pris auprès de Shell et de Gazprom, qui ont tous deux nié leur implication dans cette opération, la police a bloqué l’équipage et empêché le débarquement du mammifère. Le lendemain, les médias néerlandais perplexes évoquaient un canular anonyme et s’interrogeaient sur l’identité de ses auteurs. 

-[Le site Polar Partners ->http://polar-partners.com/]   -Le récit du canular sur le site de Greenpeace   -[Le site Save the Arctic ->http://savethearctic.org/]

Une vidéo postée sur YouTube et un site ont entretenu le mystère pendant quelques jours. Gazprom y explique avoir voulu trouver un présent à la hauteur de l’aide que Shell va lui apporter et avoir eu l’idée de remplacer l’ours du zoo, mort dix ans auparavant. Le site lance d’ailleurs un appel à toutes les bonnes volontés : « Les ours polaires peuvent être sauvés en étant éloignés des dangereuses conditions du Grand Nord arctique. Nous voulons encourager l’adoption d’ours par tout visiteur ayant la capacité d’en héberger dans un zoo ou dans toute autre structure. »

L’action a depuis été revendiquée par Greenpeace et le YesLab, laboratoire initié par les deux fameux duettistes américains à l’origine de multiples coups médiatiques dénonçant les multinationales pollueuses. Un communiqué publié sur le site de Greenpeace International en expose les raisons : «   L’an dernier, Shell n’a pas réussi à forer un seul puits en Alaska, s’est ensuivi un catalogue de gaffes dangereuses qui a amené le gouvernement américain à déclarer que cette compagnie était “foireuse”. Elle espère maintenant tirer profit de réglementations laxistes en Russie, où les exigences de sécurité sont bien moindres. » En mars 2013, les régulateurs fédéraux ont en effet annoncé qu’ils n’autoriseraient pas la Royal Dutch Shell à reprendre les forages exploratoires au large des côtes de l’Alaska. La société devra, pour obtenir le feu vert, fournir un programme détaillé démontrant qu’elle et ses sous-traitants disposent du savoir-faire et des techniques pour maîtriser le forage en conditions extrêmes. L’ONG rappelle également qu’en novembre 2011 le puits Kolskaya, géré par une filiale de Gazprom, a sombré dans les eaux russes d’Alaska en faisant 53 morts, sans que le gazier russe soit le moins du monde inquiété. 

Les deux pétroliers auraient sans doute préféré rester discrets sur leur nouveau partenariat, Greenpeace et le YesLab en ont décidé autrement. «   La mauvaise blague, c’est de faire croire qu’ils vont forer en toute sécurité en Arctique   » , affirment-ils, dénonçant les millions dépensés par ces compagnies pour détourner l’attention du public de leur vilain business – les marées noires, le non-respect des droits humains, les pollutions climatiques. Et en exhortant à visiter le site Save the Arctic pour signer la pétition et devenir un défenseur de l’Arctique.

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