Le nouveau Michelin est arrivé !

Jean-Claude Renard  • 24 février 2014
Partager :
Le nouveau Michelin est arrivé !
© Photo : ANTOINE LORGNIER / ONLY FRANCE

Le guide Rouge a donc rendu son verdict , ce lundi 24 février. Couronnant un 27e établissement, au faîte de son classement, Arnaud Lallement, à Reims (l’Assiette champenoise). Un bon choix puisqu’il ne s’agit pas d’un palace appartenant à un groupe (Dorchester ou François Pinault), mais d’un chef propriétaire, issu d’une longue lignée de casseroleurs (pour l’anecdote, ses parents avaient fait leurs gammes chez Michel Guérard, au Pot-au-Feu, post Mai 68, au joli temps de la Nouvelle Cuisine).
Pour le reste, ce nouveau Michelin n’a rien de nouveau, ou presque. Au jeu des chaises musicales dans les étoiles, il est quasi identique à l’édition précédente. La révolution, ce n’est pas le genre du groupe de Clermont-Ferrand.

A son habitude, il consacre encore Paul Bocuse , accroché aux étoiles depuis 1965 (!) ; mais on ne touche pas à une icône, quand bien même sa cuisine est essoufflée depuis des lustres et elle-même vieillissante. Il consacre toujours les restaurants d’Alain Ducasse et de Joël Robuchon, véritables Corleone de la cuisine française. Et, comme à son habitude, il ignore de petites tables remarquables comme celles de Valère Diochet, à Strasbourg (Le Pont aux chats), ou Benoît Pasquier, à Tours (Le Saint-Honoré).
Bouffi de conservatisme, le Michelin n’a plus le lustre d’antan, dit-on. C’est à la fois vrai et faux. Cette édition 2014 salue 150 chefs de moins de 40 ans, et 7 de moins de 30 ans. Où l’on retrouve deux figures de proue parisienne de la nouvelle table, Adeline Grattard (Le Yam’tcha, dans le Ier) et Bertrand Grébaut (Septime, dans le XIe), ainsi que 113 restaurants étoilés proposant un menu à moins de 30 euros. Comme toujours, le guide contente ou mécontente les intéressés (forcément), il suscite surtout les jalousies de la concurrence, du GaultMillau au Fooding, prétendant « dépoussiérer » , « déringardiser » , « démocratiser » la cuisine. Ou plutôt être calife à la place du calife.

Les jalousies sont avant tout économiques. S’il ne s’écoule plus à 300 ou 400 000 exemplaires, comme il y a dix ans, le Michelin reste le seul guide à flirter avec les 100 000 exemplaires, loin devant les autres (le Fooding revendique 80 000 exemplaires ; mais comme souvent dans ce cas-là, on confond tirage et vente). Métronome de la gastronomie, le Michelin est aussi le plus respecté par les chefs (ses inspecteurs, couvrant 30 000 kilomètres par an sont des salariés, et non des touristes de la table, de bonne ou mauvaise humeur, restent anonymes et payent leur addition), il est le plus influent en termes de couverts (20 à 30 % de plus ou de moins, selon si l’on a une étoile ou pas, quand le Fooding amuse seulement le bobo parisien) ; enfin, il est aussi le plus dynamisant économiquement pour une région. Avec certaines conséquences : la possibilité d’un livre de recettes, d’un portrait de chef, de contrats juteux avec l’agroalimentaire, avec ses torts et ses travers. Voilà pourquoi le guide Rouge fait toujours recette et anime le secteur comme les médias.

Société Culture
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés
Histoire 5 février 2026

La mémoire fragmentée des enfants d’immigrés

Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Par Kamélia Ouaïssa
Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression
Analyse 5 février 2026 abonné·es

Immigration : absents des plateaux, les premiers concernés créent leurs propres espaces d’expression

Les médias dominants, ou mainstream, semblent aborder encore l’histoire coloniale et l’immigration à travers un regard dominant. Podcasts, médias indépendants et plateformes numériques deviennent alors des lieux de contre-récit, de mémoire et de réappropriation.
Par Kamélia Ouaïssa
« Je voulais raconter la condition des femmes noires »
Entretien 5 février 2026 abonné·es

« Je voulais raconter la condition des femmes noires »

Avec Sous nos peaux, Maïram Guissé explore l’intime des femmes noires de son entourage. En mêlant témoignages et parcours personnels, l’autrice interroge l’identité, les enjeux de représentation et la place que la société réserve aux corps noirs.
Par Kamélia Ouaïssa
750 universitaires et artistes appellent le gouvernement à accueillir leurs homologues de Gaza
Palestine 5 février 2026

750 universitaires et artistes appellent le gouvernement à accueillir leurs homologues de Gaza

Cette tribune collective appelle l’exécutif à revenir sur la décision d’arrêter les évacuations des artistes et intellectuels gazaouïs lauréats du programme Pause, un dispositif permettant d’accueillir des universitaires et acteur·ices du monde de la culture.